Lundi 27 et Mardi 28 septembre: Neuville en Ferrain - Castegnato -
Sirmione
(59,8 km)
Après plus de 5 semaines de convalescence, je peux redémarrer l’aventure. Cependant, ma motivation s’est atténuée au fil des
semaines. Aussi sans aucun entrainement, je me demande si ma clavicule va tenir le coup. Enfin, on verra bien ! Mes parents m’emmènent à Lille pour prendre le train de 17 h 30. Après une heure de
trajet, ma sœur m’attend à la gare du Nord de Paris pour m’aider à porter mes lourds sacs dans le métro. Quand on a pas le vélo, c’est vraiment pénible ! Jérôme et le petit Hugo nous rejoignent à
la gare de Bercy à bicyclette. Franchement, je ne sais pas comment j’aurais fait s’ils n’étaient pas là ! Après avoir picolé une bière ensemble, j’embarque dans le train de nuit à 20 h 30 pour
Brescia. Les cabines sont vraiment minuscules pour 6 personnes. Je ne peux même pas rentrer mes sacs bien trop volumineux. Le contrôleur m’indique de les laisser dehors, en attendant qu’il trouve
une autre place. Entassés les uns sur les autres, je discute principalement avec une famille de péruviens. Enfin, plus particulièrement avec la fille (charmante entre nous !) qui parle bien
l’anglais. Ils sillonnent l’Europe pendant un gros mois (un peu comme les américains !) Je finis par les quitter pour m’installer dans une autre cabine avec deux gars d’origine africaine. Je
tente de roupiller malgré le bruit répétitif des rails de chemin de fer. Vers 5 h du matin, la douane italienne nous réveille pour contrôler les sacs et les valises. Par chance, ils n’ont pas
touché aux miens ! Tant est si bien que le train a pris plus d’une heure de retard ! Après encore un arrêt prolongé en gare de Milan, j’arrive enfin à Brescia à 8 h du mat. Raphaël, l’un des deux
blacks, me donne un coup de main pour sortir mes bagages jusque la sortie de la petite gare. Bien sympa ! Malgré la proposition d’Oscar (l’homme qui garde mon vélo) de venir me chercher au
terminus des bus de Mandolossa, je préfère me rendre chez lui en taxi. Même si c’est plus cher, c’est beaucoup plus facile ! J’arrive donc à Castegnato rapidement. Mon vélo est déjà dehors, prêt
à être chargé. Monsieur Zanini, l’homme qui a appelé l’ambulance, est également présent. Après les retrouvailles, je prépare tranquillement ma « bicycleta ». Nous faisons un dernier cliché pour
le souvenir, et c’est reparti ! A la sortie du village, les rails qui m’ont fait chuter sont vraiment mauvais. A mon avis, je ne suis ni le premier, ni le dernier ! Je déambule ensuite dans les
quartiers de Brescia sous le soleil, notamment autour de la gigantesque cathédrale baroque. Malheureusement, beaucoup d’édifices sont en travaux. Les ruines du Capitolium ne sont pas franchement
impressionnantes. Il s’agissait d’un temple dédié à des dieux romains. Une petite grimpette me mène ensuite au château féodal qui surplombe la ville. Je me balade à pied un long moment dans
l’enceinte. La route en direction de Vérone ne présente aucun intérêt. En plus de la circulation, ce n’est qu’une succession d’entreprises, de dépôts ou de centres commerciaux. J’atteins
facilement la petite ville de Desenzano del Grada au bord du lac Majeur. Elle possède un mignon port de plaisance, proche d’une vieille place entourée d’arcades. Après la visite
de l’église, je grimpe à nouveau au château pour la vue sur la petite ville et le grand lac. Le paysage est cependant moins impressionnant qu’à Côme. De plus, tout est noyé dans
la brume. D’ailleurs, un orage menace au loin. Je remonte rapidement à vélo pour me rendre à Sirmione, au bout d’une petite péninsule. Les vélos ne peuvent même pas rentrer dans le village hyper
touristique. Je préfère faire demi-tour jusqu’au camping le plus proche, pour éviter de me faire voler les sacoches. De toute façon, la nuit commence à tomber. En effet, les jours sont beaucoup
plus courts. Et franchement, je me suis fais avoir !
Mercredi 29 septembre : Sirmione - Vérone (48,4 km)
Le gardien du camping a fait des rondes toute la nuit. Bizarrement, cela ne m’a pas rassuré. C’est pourquoi je n’ai pas très
bien dormi ! La propriétaire m’autorise à laisser tout mon attirail à la réception, le temps de faire un aller/retour jusqu’au village historique de Sirmione. Je pédale ainsi sans bagages, sous
un soleil de plomb. J’abandonne mon vélo à l’extérieur le temps de la visite. Il est déjà 10 h, mais le flot de touristes n’a pas encore envahi les ruelles du village. Un beau château-fort domine
les maisons alentour aux façades colorées. La vieille église Santa Maria Maggiore possède un beau portail et quelques fresques du 15ème S. Je marche ensuite le long de la côte jusqu’au
bout de la péninsule. Le coin, parsemé d’oliviers, est vraiment paisible. Les ruines d’une villa romaine sont visibles au loin. Cependant, il faut payer un droit d’accès pour la visite. Aussi, la
mignonne église en pierres San Pietro in Marino est fermée pour rénovation. Les touristes commencent à affluer, il est temps de rejoindre le camping pour récupérer ses affaires ! Même si le
camping est bien équipé, le tarif de 16 euros pour une nuitée est tout de même excessif. Oscar m’avait pourtant prévenu « Ils attendent le touriste là bas ! » Par contre, il faut quand même
reconnaitre que l’accueil est très sympa. Je reprends la fameuse nationale en direction de Vérone. Après une petite dizaine de kilomètres, je bifurque vers Peschiera pour avoir un aperçu de la
ville. Elle est bâtie sur plusieurs petits îlots. Puis, la route devient infernale. Camions et voitures me rasent de très près. La circulation s’amenuise un peu à la bifurcation pour l’autoroute
vers le Nord. Pendant quelques kilomètres, des champs d’arbres fruitiers (principalement des vignes et des kiwis) succèdent aux entrepôts et aux centres commerciaux. Je pique-nique à l’entrée de
Vérone sur un banc. Il est presque 15 h lorsque je pars à la découverte de la ville. L’entrée des églises est payante. J’achète alors un pass qui permet de visiter les quatre principales. La
façade de l’église San Zeno est en rénovation. A l’intérieur, je découvre notamment la célèbre porte de bronze et le triptyque de Mantegna. Le cloître attenant à l’édifice est également bien
joli. La cathédrale Duomo présente une belle façade blanche. Elle renferme entre autres de belles fresques et un baptistère roman. Je poursuis la visite de la ville par le château moyenâgeux et
les splendides arènes romaines. Au centre, une haute tour domine les places Piazza delle Erbe et Piazza dei Signori. Non loin, la maison de Juliette, rendue célèbre par Shakespeare, est un vrai
nid à touristes. Franchement, c’est pas ma tasse de thé ! Aussi, je ne peux visiter l’église Sainte Anastasie car une célébration vient de démarrer. Il est déjà bien tard lorsque je tente de
rejoindre à l’aveuglette le camping situé sur une colline. La grimpette est bien difficile à cause des pentes très élevées de la route. Je pose d’ailleurs pied plusieurs fois. Au sommet, je
plante discrètement la tente derrière des arbustes, au pied des remparts de la forteresse San Pietro. Pour la petite histoire, le camping officiel est situé à peine à 200 m.
Jeudi 30 septembre: Vérone - Montegrotto Terme (122 km)
Je décampe relativement tôt car une grosse étape m’attend. Je descend la colline à grande vitesse jusqu’au centre de Vérone. Le
soleil est malheureusement masqué par un voile de brume. L’église Sainte Anastasie est la plus grande de la ville. Une nouvelle fois, de nombreuses chapelles intérieurs sont en rénovation. Les
voûtes sont par contre magnifiquement décorées de fresques. Je monte ensuite les 368 marches de la tour du Lamberti, pour jouir du panorama sur la ville. L’accès est un peu onéreux, mais ça vaut
vraiment le coup ! Je m’apprête à reprendre la route, lorsqu’un autochtone m’indique un parcours cycliste le long de la rivière Adige. Au départ, le sentier est bien boueux. Il se transforme en
graviers en sortant de la forêt. Je quitte ainsi agréablement Vérone, loin du trafic routier. A cause de mon volumineux vélo, une sorte de borne au milieu d’un petit pont m’empêche de passer.
Spontanément, le garde champêtre du coin vient m’aider à porter ma monture. Bien sympa ! Les méandres du cours d’eau rallongent considérablement mon parcours. C’est pourquoi après une dizaine de
kilomètres, je m’enfonce dans la campagne. Sans carte précise, il est bien difficile de se repérer. Aboutissant dans des cul-de-sac, je fais ainsi plusieurs allers/retours. Et ça a le don de
m’énerver ! Je finis par rattraper la nationale et sa circulation infernale. Après la petite ville de San Bonifacio, la route devient un peu plus agréable. Je casse la graine au bord d’un cour de
tennis dans le village de Lobia. Puis, je fais quelques kilomètres supplémentaires à cause de ces foutues indications imprécises ! Fort heureusement, la route est relativement plate, s’engageant
entre les monts Berici et les collines Euganei. En fin d’après-midi, les nuages envahissent le ciel. Je rejoins alors rapidement la ville de Padoue. Je réserve la visite pour demain car il est
déjà bien tard. Pour l’heure, il faut trouver à loger ! Deux gars, limite clochards; m’aiguillent vers l’auberge de jeunesse. Comme je n’ai pas d’agréables souvenirs avec ces établissements (cf
les journaux de route de mes précédentes aventures), je préfère pousser jusqu’au camping de Montegrotto Terme. Il est situé à une petite dizaine de kilomètres au pied des collines Euganei. Tout
en cherchant un endroit pour bivouaquer à la sauvage ! N’ayant rien trouvé, j’arrive à destination alors que la nuit est presque tombée. Le prix est une nouvelle fois exorbitant, mais je n’ai pas
trop le choix ! A cause de tous mes aléas de parcours, j’ai facilement pédalé une bonne vingtaine de kilomètres à rien !
Vendredi 1er octobre : Montegrotto Terme - Fusina (64,3 km)
Pas de bol, il pleut ! Quelle poisse ! Je reprends la route de la veille en sens inverse, pour rejoindre Padoue. Un marché se
tient sur chaque place du centre. Ce qui met pas mal d’animation dans la ville ! Aussi, des centaines de policiers sont déployés dans le quartier. Mais je ne sais pour quelle raison ! Je visite
ensuite le baptistère de la cathédrale dont les murs et le plafond sont entièrement recouverts de magnifiques fresques du 14ème S. Elles représentent des scènes de l’Ancien et du
Nouveau Testament. Je me fais rappeler à l’ordre par l’homme au guichet, car les photos sont interdites. L’intérieur de la cathédrale est par contre beaucoup plus sobre. Les murs blanchis à la
chaux rendent l’édifice très lumineux. Je traverse ensuite la ville pour la chapelle de Scrovegni. La queue d’attente à l’entrée finit par me faire renoncer à la visite. Franchement, j’ai bien du
mal à m’orienter dans cette ville. Dans l’immense basilique San Antonio, un nombre incroyable de pèlerins se massent autour des reliques et de la tombe d’Antoine de Padoue. Les photos sont une
nouvelle fois interdites. Certainement pour vendre leurs cartes souvenirs à prix d’or ! Lorsque je reprends la route, il se remet à pleuviner. A la sortie de la ville, comme bien souvent, il y a
une circulation terrible. A chaque dépassement, les véhicules m’éclaboussent. Je profite de quelques arbres pour manger un morceau à l’abri de la pluie. Je longe ensuite le canal de la rivière
Brenta en direction de Venise. De nombreuses villas sont construites sur les berges. Certaines sont vraiment somptueuses, d’autres ne sont même plus entretenues. La façade de la villa Pisani est
malheureusement en rénovation. Ce palais est surtout devenu célèbre grâce à la rencontre de Hitler et de Mussolini. En cette fin d’après-midi, la pluie a enfin cessé. Je décide finalement de
planter la tente dans un camping, plutôt que de réserver une chambre coûteuse à Venise. Le tarif est quasi identique par rapport à la veille On en profite dans le coin !. Le seul inconvénient est
que la ville se situe encore à une quinzaine de kilomètres. Le village de Fusina se trouve au bout d’une petite rue en cul-de-sac, non loin d‘une usine pétrochimique. L’avantage est qu’il est
possible de rejoindre Venise par bateau. Enfin on verra demain ! Ma tente est plantée au bord de la mer, avec vue sur la ville de Marco Polo au loin.
Samedi 2 octobre: Visite de Venise
Au vu du tarif pour les bateaux, je décide de prendre le bus pour rejoindre Venise. Cela coûte quand même plus de dix fois moins
cher ! Après un changement à Mestre, j’arrive à destination sous le coup des 9 h du mat. Le trajet n’a duré qu’une grosse demi-heure. Tout mon barda est resté au camping, je n’ai pris que le
strict minimum. Je traverse la ville à pied en longeant le Grand Canal, en direction de la célèbre place San Marco. Aucun véhicule ne circule dans la cité des Doges. Par contre, les ruelles
grouillent de monde. Cela finit même par devenir oppressant. Et franchement, ça me saoule ! A tel point qu’il me faut un bon moment pour commencer à apprécier la promenade. Ceci-dit, la ville est
super jolie. Les rues sont bordées de belles maisons colorées, entrecoupées par les canaux. Forcément, Venise sans les gondoles ne serait pas Venise ! Je ne vais pas faire un descriptif de tout
ce que j’ai vu, car j’ai bien crapahuté. « Juste l’essentiel, promis ! » Pour plus de détails, vous pouvez toujours acheter un guide touristique ! Dans un premier temps, je déambule autour de la
place San Marco. Il y a une longue file d’attente pour visiter les monuments les plus connus. Je grimpe au sommet de la tour du Campanile, pour admirer la ville depuis les hauteurs. Forcément,
c’est pas gratuit ! L’intérieur de la basilique renferme de superbes mosaïques, mais surtout un magnifique retable en or avec des émaux encastrés. Je me balade ensuite dans le quartier de San
Polo et Santa Croce. Le pont du Rialto est assailli par les touristes. Pourtant, je trouve que ce n’est pas le plus beau coin de la ville ! Même si l’on peut admirer les superbes palais qui
bordent le Grand Canal. De très nombreuses églises, plus ou moins intéressantes, jalonnent la ville. Les accès de certaines sont payantes. Il faut faire un minimum attention aux dépenses, car on
peut vite se faire plumer ! De plus, les photos sont interdites à l’intérieur des édifices. Et malheur à celui qui tente l’expérience ! Il se fait vite réprimander par un gardien. Hors cérémonie
religieuse, je ne vois vraiment pas en quoi cela dérange ! M’enfin ! Lorsque j’arrive à l’église des Frari, les portes ferment juste devant mon nez. Après avoir bien marché, je m’attable en
terrasse d’un restaurant pour manger une pizza avec un bon verre de vin. Cela me change de mes pâtes quotidiennes ! Cependant, le service est un peu trop express à mon goût. De plus, une taxe
(certainement tombée du ciel) est ajoutée à l’addition finale. Pas très honnête tout ça ! La nuit tombée, les rues se vident tout doucement. Ce qui donne une atmosphère particulière à la ville !
Le bus m’amène jusque la gare de Mestre pour ma correspondance. Il me faut patienter encore une bonne heure en compagnie d’un gars d’origine africaine. Bien sympa en tous cas ! Je retrouve
finalement avec bonheur ma tente et mon duvet douillet au camping de Fusina.
Dimanche 3 octobre: Visite de Venise
Au réveil, le soleil à l’horizon donne une magnifique couleur orangée à la mer. C’est féerique ! Je rate ensuite
malencontreusement mon bus pour quelques minutes. J’arrive finalement à bon port avec une heure de décalage sur mes prévisions. Je rejoins directement l’immense église des Frari. Cependant, il
n’y a pas de visite car la messe du dimanche va commencer. Tant pis, j’abandonne ! C’est dommage car il parait que c’est l’une des plus intéressantes de Venise. Celle de San Pantalon possède de
surprenantes fresques peintes au plafond. Une autre a une tour penchée, prête à s’effondrer. Un peu plus loin, le quartier de Dorsoduro est bien moins fréquenté par les touristes. Ce qui rend la
balade plus agréable ! Malheureusement, beaucoup de monuments sont fermés. La foule réapparait au niveau des quais des Zattere. Le pont de l’Accademia offre une belle vue sur le Grand Canal et
ses palais. A la place San Marco, je dois demander à plusieurs personnes pour me tirer en photo. C’est quand même incroyable ! Les gens se baladent avec des appareils reflex coûteux, et ne savent
même pas cadrer une vue. C’est finalement une australienne parlant français qui fait mon bonheur. « Je parle de photo, pas de confusion ! » Il ne me reste plus qu’à rallier l’ancien quartier juif
dans Cannaregio. C’est le premier ghetto de l’Histoire, datant du 16ème S. Le mot est d’ailleurs originaire de Venise. « Bon, je ne le savais pas non plus ! » Je tente de visiter
quelques églises alentour, mais elles ont portes closes en ce jour dominical. Cette fois, c’en est fini avec les édifices religieux de Venise. Parce qu’à force, je vais finir par me retirer dans
un monastère ! « Quoique chez les trappistes ! » En fin d’après-midi, je reprends le bus pour Fusina. Demain, je poursuis ma route vers d’autres horizons. Aussi à l’heure que j’écris ces lignes
au bar du camping, je me fais bouffer par les moustiques !
Lundi 4 octobre :Fusina - Téglio Vénéto (96,1 km)
Après avoir remballé tout mon matériel, je reprends le même parcours du bus jusque Mestre. A l’entrée de la ville, quelques
prostitués tapinent au bord de la route. Comparé aux deux derniers jours, le temps semble se dégrader. J’abandonne l’idée de rejoindre la place San Marco de Venise avec mon vélo. J’aurais aimé
immortaliser l’évènement par une photo. Les escaliers des passerelles et la foule rendent l’expédition bien trop difficile. Tant pis ! La route qui suit est de nouveau sans intérêt, avec un gros
trafic routier. C’est pourquoi après Portegrandi, je bifurque vers le Parc de la Lagune. Des centaines d’îlots se détachent de la côte, sous un ciel de plus en plus menaçant. Je croise deux
cyclos du Nord de l‘Angleterre. Barry et Terry sont frères, ils réalisent une boucle depuis Venise à travers la Slovénie et la Croatie. Je leur tire mon chapeau ( ou plutôt ma casquette !), car
ils ont approximativement la soixantaine. Je mange un morceau au village de Caposile. Etrangement, plusieurs grandes barques servent de soutènement au pont mobile. A Musile di Piave, il y a des
panneaux de début et de fin de piste cyclable tous les dix mètres. C’est complètement absurde ! Aussi, il est bien difficile de se réapprovisionner entre midi et 15 h, car les italiens font la
sieste. J’arrive à Portogruaro en fin d’après-midi. La tour de l’église penche dangereusement. Le centre est assez joli : la petite ville possède deux moulins à eau situés côte à côte. A peine
arrivé, j’essuie une averse monumentale. Depuis le temps que ça menace ! J’attends une légère accalmie avant de repartir. Après une grosse dizaine de kilomètres dans la campagne, je plante la
tente derrière les arbres un peu à l’écart de la route, non loin d‘un terrain militaire qui semble abandonné. Pourtant, les bâtiments sont éclairés. Bizarre ! D’un coup, il se remet à pleuvoir
violemment ! Quelle poisse, d’autant plus que le terrain est complètement boueux ! Je patauge dans la gadoue. Cela risque de ne pas être marrant demain matin !
Mardi 5 octobre : Téglio Vénéto - Stupizza (85,2
km)
La pluie est tombée toute la nuit. Et ça continue encore et encore ! De plus, un vent d‘Est s‘est levé. Bref, je me retrouve
dans un sacré bourbier ! Tout mon équipement est trempé et maculé de boue. Aussi, je peine à plier la tente à cause des violentes rafales. Avant de démarrer, je décrotte mes chaussures et nettoie
succinctement mes vêtements pour éviter de ressembler à l’homme des bois ! Je reprends alors la route plate et directe pour Udine. Les champs alternent avec de petits bois récents. Bizarrement,
les arbres ont été plantés rectilignement. Quelques geais s’envolent à mon passage. Il y a également un nombre incroyable de limaces qui cherchent la chaleur du bitume. Un vrai carnage ! En
effet, en plus de la météo exécrable, le trafic routier est incessant. Je quitte ainsi la région de la Vénétie pour celle du Frioul. A Galleriano, je bifurque sur des petites routes plus
tranquilles, traversant des petits villages. Par contre, il n’y a aucune boulangerie d’ouverte ! C’est finalement à la périphérie d’Udine que je trouve mon Graal. Je casse la graine dans un parc,
avant d’entamer la visite. Le centre est bien joli avec ses petites places pavées, bordées de jolies maisons aux arcades. Quelques bâtiments historiques méritent également le coup d’œil. La
grande église Duomo est malheureusement fermée à cette heure. Je poursuis mon bonhomme de chemin jusque Cividale. Les montagnes des Alpes Juliennes se profilent au loin. A la sortie du
supermarché, une dame d’une cinquantaine d’années m’interpelle. Anne-Marie est une française expatriée en Italie. Venant de Montreuil-sur-Mer, elle parait émue de parler de la région de son
enfance avec un chti. Elle m’offre même un café au bar d’en face. Une grosse demi-heure plus tard, je m’enfonce dans les montagnes alors que le soleil fait enfin son apparition. La route longe la
vallée de la rivière Natisone en direction de la Slovénie. Après quelques kilomètres, je bivouaque derrière les arbustes, sur un terrain privé qui semble à l’abandon. Le grondement du cours d’eau
à proximité finit par me bercer. Tiens, il se remet à pleuvoir, cela faisait longtemps !
Mercredi 6 octobre : Stupizza - Sovodenj (82,7 km)
Quelques kilomètres me séparent de la frontière slovène. J’ai hâte de découvrir ce nouveau pays. La route monte doucement dans
la vallée de la rivière Nadiža. En fait, c’est la même qu’hier, mais avec un nom slave. Les montagnes sont toutes parsemées de forêts. Les feuilles des arbres se parent des jolies couleurs de
l‘automne. De plus, il n’y a quasiment plus de circulation sur la petite nationale. Cela me change du trafic démentiel en Italie ! La route bifurque ensuite vers Kobarid, situé dans la vallée de
la Soca. La ville est tristement célèbre à cause une bataille meurtrière durant la première guerre mondiale. Je pédale facilement le long de la rivière jusque Tolmin. Quelques percées du soleil
me réchauffe un peu le corps. Je décide de me rendre aux gorges à proximité de Zatolmin. Je laisse mon vélo à la billetterie, et m’aventure à pied. Le sentier est devenu très glissant à cause des
récentes pluies. D’ailleurs, ça dégouline de partout ! La montée des eaux de la rivière Tolminka empêche malheureusement d’apercevoir la source thermale. Un peu plus loin, un gros rocher s’est
coincé entre les deux parois du canyon de la rivière Zadlašcica. A cause de sa forme et de la mousse qui le recouvre, il évoque une tête d’ours poilu pour les habitants du coin. Après une bonne
heure de randonnée, je récupère mon vélo pour attaquer en sens inverse la côte qui me sépare de Tolmin. Je mange ensuite un morceau au centre de la petite ville. Le vent se lève d’un coup,
ramenant de gros nuages gris bien menaçants. Et bien sûr, je l’ai dans le pif ! La route continue à longer agréablement la rivière Soca, puis dévie sur la rivière Idrijca. Je quitte ensuite la
petite nationale pour m’enfoncer dans la montagne. A partir de Cerkno, ça grimpe sec ! La pente atteint même par endroits 12%. Après 7 km d‘ascension, j’atteins le sommet au village de Kladje,
situé à 787 mètres d’altitude. Soit un dénivelé de plus de 600 mètres ! Bonne nouvelle, ma clavicule ne m’a pas gênée ! Je ne m’attarde pas à cause du froid ambiant. La nuit commence à tomber,
lorsque j’amorce la descente. J’espère récupérer ainsi plusieurs degrés. Là haut, il fait à peine 8°C ! A la sortie du village de Sovodenj, je plante la tente sur un terrain herbeux complètement
trempé. Il faut reconnaitre que mon bivouac n’est pas franchement discret. Aussi demain, ça serait bien de passer la nuit dans un camping officiel. Car trois nuits à la sauvage, ça commence à
sentir le fennec !
Jeudi 7 octobre : Sovodenj - Ljubljana (61,5 km)
Une petite bruine n’a pas arrêté de tomber toute la nuit. Je poursuis la descente dans l’étroite vallée de la rivière
Poljanšcica. Le paysage est époustouflant. Il manque juste un peu de soleil pour débarbouiller ce ciel grisâtre. De plus, cela réchaufferait l’atmosphère, car il fait vraiment froid ce matin !
J’atteins ainsi très facilement Škofja Loka. Quelques automobilistes et motards me klaxonnent ou me font un signe pour m’encourager. Cela fait toujours plaisir ! La place principale de la petite
ville est entourée de belles demeures aux façades renaissance. L’imposant château domine la cité depuis une colline. La circulation devient de plus en plus dense à l’approche de la capitale
slovène. La route devient même interdite aux vélos. Cependant n’ayant d’autres alternatives, je finis par l’emprunter quand même ! Il ne me reste plus qu’à croiser les doigts pour ne pas
rencontrer une patrouille de police. A Ljubljana, je me balade autour de la place Prešeren et de l’hôtel de ville. L’église St Nicolas est malheureusement fermée. Tout à coup, deux cyclistes
s’arrêtent à ma hauteur, et me questionne sur mon voyage. Ils m’offrent même une bière à une terrasse de café au bord de la rivière Ljubljanica. Leon est slovène, tandis qu’Adam est irlandais. Et
c’est ainsi que nous discutons en anglais pendant presque trois heures. Tant est si bien que ma visite de Ljubljana est reportée à demain matin ! Cela fait parti des imprévus agréables d’un
voyageur à vélo ! Après une paire de bières locales, je remonte à bicyclette pour rejoindre le camping. Il se situe à environ 4 km au Nord du centre-ville. Ce n’est pas aujourd’hui que ma tente
pourra sécher, car il fait vraiment froid à la nuit tombée !