Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 14:53

Après de nombreuses années, je me décide enfin à partir en solo à vélo autour du monde. Le trajet va se dérouler en cinq parties (avec un bond en avion à chaque fois) sur une durée de 12 ou 13 mois :

 

 1. L'Europe et le Moyen-Orient

 2. L'Inde

 3. L'Extrême-Orient

 4. L'Amérique du Sud 

 5. Le retour en France

 

Après chaque partie, ma forme physique, morale et mes finances détermineront la poursuite ou non de l’aventure. Le départ est fixé au dimanche 1er août 2010.

 

 

Description du trajet de Neuville en Ferrain à Jérusalem

 

Je compte rejoindre Jérusalem en 3 ou 4 mois. Selon la situation politique des pays traversés, le trajet peut subir des changements.

 

Trajet Europe Moyen-Orient

 

 

Présentation du projet

  

Les prévisions du parcours:

 

1er août : Départ de Neuville en Ferrain dans le Nord de la France

6 août : Strasbourg (puis la Route des Vins jusque Colmar)

11 août : Lausanne en Suisse

14 août : Les lacs d'Italie du Nord (après le passage du col du Simplon, 1200 m de dénivelé, dur dur !)

19 août : Repos de quelques jours à Venise

24 août : Ljubljana en Slovénie

31 aôut : La côte adriatique croate

11 septembre : Dubrovnik

13 septembre : Les Balkans au Montenegro

22 septembre : Sofia en Bulgarie

1er octobre : Repos de plusieurs jours à Istanbul

15 octobre : La Cappadoce en Turquie

24 octobre : Alep en Syrie

31 octobre : Repos de quelques jours à Damas (après la visite du Krak des Chevaliers)

9 novembre : Petra, puis le désert du Wadi Rum en Jordanie

3 novembre : Eilat en Israel

19 novembre : Jérusalem

 

Soit environ 7000 km

 

 

 

Par Vincent - Publié dans : Généralités
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Vendredi 13 août 2010 5 13 /08 /Août /2010 08:30

Dimanche 1er août : Neuville en Ferrain – Wez-Velvain (B) (environ 40 km)

  2 Péniche sur l'Escaut 

  

Mon départ est plus que précipité. Un petit groupe m’attend déjà sur la place de Neuville. Comme je ne souhaite pas faire attendre les gens, je remplis mes sacs un peu n’importe comment. Cela aura une grosse conséquence par la suite ! Les démarches pour la location de la maison ont grandement perturbé mon timing. Une petite trentaine de personnes sont venus m’encourager. Je remercie d’ailleurs tout le monde ! Après une petite interview avec une charmante journaliste et quelques photos de groupe, je peux démarrer mon périple vers 16 h. L’étape du jour n’est pas bien longue. Je vais rallier la maison d’un couple d’amis, Marie Pierre et Pascal, située à Wez-Velvain en Belgique. Le temps est assez nuageux, mais pas de gouttes de pluie pendant le parcours. Le coin m’est forcément coutumier, pour m’y être entrainé régulièrement. Après la ville de Mouscron, le mont Saint Aubert se dresse sur ma gauche. A Pecq, mes premiers soucis commencent. Mon compteur kilométrique ne répond déjà plus. Ma roue arrière se met également de travers en passant une bordure. Un habitant me propose aimablement de l’aide, mais tout est quasiment rentré dans l’ordre. Je longe ensuite l’Escaut jusque Tournai. La place avec la cathédrale est toujours aussi vivante, mais je ne m’y attarde pas. Je traverse ensuite la campagne environnante jusque Wez-Velvain. J’installe la tente, et déballe mes sacs pour faire l’inventaire. A cause de la précipitation, il me manque pas mal de matériel ! Du coup, il ne me reste plus qu’à prendre la voiture jusque Neuville demain matin pour tout récupérer. En effet, mon auto stationne chez mes amis durant toute la période de mon aventure. Franchement, cela démarre bien !

  Marie-Pierre et Pascal 

Lundi 2 août : Wez-Velvain

Rien de bien passionnant cette journée ! Après un réveil plus tardif que prévu, je repars chez mes parents en voiture. Il faut reconnaitre qu’ils m’ont bien aidé pour les préparatifs ! Je profite donc de la journée pour régler définitivement mes derniers problèmes. Tant est si bien que je retourne à Wez-Velvain sous le coup de 18h30. De toute façon, des orages ont éclaté cet après-midi dans le Tournaisis. Et rouler sous les averses ce n’est pas franchement agréable ! Par contre, ma tente a tenu le coup, et ça c’est une bonne nouvelle ! Pascal est bien surpris de me revoir à nouveau. Nous fêtons mon retour avec une bonne bière en compagnie de son frère. Après le souper, je tente de réparer mon compteur kilométrique, mais l’aimant est mort. Je .remplace alors le compteur par celui qui été monté sur mon ancien vélo à Neuville. Demain, l’aventure va pouvoir recommencer. Dans de meilleures conditions cette fois, du moins je l’espère !

  1 Chez Marie-Pierre et Pascal 

Mardi 3 août : Wez-Velvain – Beaumont (102,3 km)

 3 Sur la route des Ardennes 

Ce matin, il y a un brouillard à couper au couteau. Mais fort heureusement, il se dissipe au fil des heures. Après avoir commandé sur Internet un support filaire pour mon nouveau compteur, je peux enfin quitter les lieux. Un grand merci à Marie-Pierre et Pascal pour m’avoir accueilli pendant ces deux dernières nuits ! Dans un premier temps, j’emprunte des routes de campagne jusque Peruwelz. Mais le manque d’indication rallonge considérablement mon itinéraire. Bref, je zigzague entre Belgique et France ! L’imposante basilique de Bon-Secours est perchée sur une colline (tiens ce ne serait pas une bière ça !), mais les portes de l’édifice sont malheureusement fermées pendant les heures du midi. Je pique-nique à proximité de l’église de Blaton, la plus ancienne du Hainaut. Comme j’ai déjà perdu beaucoup de temps, je rejoins une nationale pour Tertre. Je m’enfonce ensuite dans le Borinage au Sud-Ouest de Mons. Au Grand Hornu, les maisons ouvrières sont alignées autour de l’ancien site minier. Le coin devient beaucoup plus vallonné. La météo change également : des nuages noirs menaçants masquent désormais le soleil. Puis, je rattrape la nationale qui va de Mons à Beaumont. De vraies montagnes russes, et c’est vraiment casse-pattes ! A cela, il faut ajouter une circulation infernale. En vérité, je m’y attendais pour l’avoir emprunté déjà plusieurs fois ! Je bifurque un moment vers le village de Solre-sur-Sambre, afin de découvrir le château-fort du 13éme S. Encore quelques collines à grimper avant d’atteindre Beaumont ! Avant la petite ville, la route pour le camping « Fond de Gouttes » descend un peu trop à mon goût. En effet, il faudra tout remonter demain matin ! Il est agréablement logé au bord d’une petite rivière. Par contre, il n’y a que des caravanes ! Un gamin m’amène alors à l’accueil. Le jeune patron m’explique que la région wallonne interdit les tentes dans son camping. Finalement, il me donne discrètement l’autorisation de m’installer. Et en plus, il ne me fait rien payer ! Bien sympa le gars !

 

Mercredi 4 août : Beaumont – Forêt à proximité de Redu (92,1 km)

  Givet 

Je démonte la tente sous la pluie. Pas des grosses gouttes, mais un crachin qui vous trempe jusqu’aux os ! Bref, une journée de brin en perspective ! C’est pourquoi je pars une nouvelle fois bien tard. Je remonte la fameuse côte de la veille jusque Beaumont. Depuis la tour Salamandre, le paysage vallonné est masqué par un brouillard de pluie. Au bout de quelques kilomètres, je finis par être complètement trempé. La nationale continue à faire le yoyo jusque Philippeville. Mise à part celle de Silenrieux, les côtes sont plus faciles à grimper que la veille. Je poursuis ensuite ma route jusque Givet en bordure de Meuse. Je profite d’une courte accalmie pour casser la graine à côté de la chapelle de Walcourt. A l’office du tourisme, une fille m’informe sur les monuments intéressants de la vieille ville (la forteresse, le couvent des Récollectines, la tour Victoire…). Sur la petite place, le bel hôtel de ville fait face à l’église St Hilaire. Par contre, je suis un peu déçu du mobilier intérieur de l’édifice religieux. Ma route continue jusque Beauraing. Et toujours sous une fine pluie ! La petite ville est désormais un lieu de pèlerinage depuis l’apparition de la Vierge dans les années 30. De nombreux sanctuaires, plus ou moins intéressants, entourent une massive chapelle en pierres. A Wellin, je stoppe à un bistrot pour savourer une Rochefort bien méritée. J’en profite car je doute de trouver d’aussi bonnes bières par la suite. Il commence par être tard, deux solutions se présentent à moi. La plus sage serait de rallier le camping à 4 km sur la route de Rochefort, donc hors de mon parcours. L’autre consiste à poursuivre ma route vers Libin, et de trouver un endroit dans la forêt pour bivouaquer à la sauvage. Finalement après maintes hésitations, je choisis la seconde. D’autant plus que la pluie a cessé ! La petite nationale grimpe longuement à travers la forêt ardennaise. Avant le village de Redu, je m’enfonce entre les arbres, de manière à masquer la tente. J’entends les averses au loin qui se précipitent sur mon bivouac. C’est vraiment bizarre !

 

Jeudi 5 août : Forêt à proximité de Redu – Steinfort (L) (82,8 km)

 1 La forêt ardennaise 

Cette nuit, il est tombé des cordes. La tente est complètement trempée. J’attends l’accalmie pour pouvoir déguerpir. La route oscille tantôt à travers champs, tantôt dans les forêts. Non loin, l’Euro Space Center présente à l’extérieur quelques reconstitutions de fusées, notamment celle d’Ariane et celle de la navette spatiale américaine. Après Libin, quelques beaux manoirs bordent la petite nationale. Aussi, j’atteins rapidement Neufchâteau. Après quelques courses, je décide de poursuivre mon itinéraire. Je stoppe quelques kilomètres plus loin au village d’Anlier, pour casser la croûte à côté de l’église. Le temps est instable, les éclaircies alternent avec les petites averses. Je dois à chaque fois enlever et remettre ma veste. Et c’est vraiment pénible ! Après Habay-la-Neuve, la piste cyclable est complètement déglinguée. Il faut zigzaguer pour éviter les trous et les pierres qui traînent. J’aperçois enfin Arlon perché sur une colline. Je connais un peu la ville pour avoir rejoins mon frère durant ses études. Un homme à l’office du tourisme m’aiguille un peu pour la poursuite de mon itinéraire. En effet, la partie Luxembourg-Strasbourg n’est pas encore bien déterminée. Du coup, j’achète une carte routière. Je commence la visite d’Arlon, mais le temps vire au mauvais. Des cordes s’abattent sur la ville. Je prends mon mal en patience, en allant boire une bière trappiste au café d’à côté. Le patron est d’ailleurs bien sympa. Il est totalement admiratif de mon projet. Après l’averse, je monte au belvédère à côté de l’église St Donat pour jouir du panorama. Je me rends ensuite à la source de la Semois. Franchement, il n’y a pas grand chose ! (Clin d’œil à Guillaume, il y a quelques années !). Je poursuis ma route jusque Steinfort, premier village du Luxembourg à la frontière, pour m’installer au camping. Demain, on annonce une météo clémente. Il est plus que temps car ma tente n’a pas encore eu l’occasion de sécher complètement.

 2 Mon vélo avant le Luxembourg 

 

Vendredi 6 août : Steinfort – Sierk-les-Bains (F) (70,1 km)

 1 Luxembourg 

 

Je remballe mon matos rapidement pour démarrer vers les 9 h du mat. Le ciel est complètement dégagé. Pour une fois que la météo ne s’est pas trompée, on ne va passe plaindre ! La route jusqu’à Luxembourg-ville est relativement plate. Le seul inconvénient, comme à chaque grosse agglomération, c’est la circulation qui y règne. J’entame la visite le long des fortifications. Les points de vue sur les différents quartiers de la ville sont magnifiques. D’un côté, le pont Adolphe du 19ème enjambe la rivière Pétrusse. De l’autre, depuis le Chemin de la Corniche, l’église St Jean domine la ville basse du Grund, au bord de la rivière de l’Alzette. Un peu plus loin, les ruines du château-fort du Luxembourg, datant du 10ème S, sont édifiées sur un éperon rocheux. La cathédrale Notre-Dame est malheureusement en rénovation (tout comme le palais municipal sur la place d’Armes). L’intérieur ne me parait pas si intéressant. Seule la tribune à l’entrée présente de jolis motifs sculptés. La crypte est également trop moderne à mon goût. Après avoir pique-niqué, je déambule dans les quartiers de la ville haute pour découvrir notamment le palais de Grand Ducal et la place Guillaume avec son hôtel de ville. Il est presque 14 h 30 lorsque je reprends la route. Les panneaux indicateurs m’induisent en erreur. Je me retrouve finalement sur une petite nationale en direction de Frisange. Une personne du coin et un agent municipal me remettent sur les bons rails. Cela m’a valu un petit détour de quelques kilomètres supplémentaires ! A partir de Moutfort, la route ne fait que descendre. J’arrive ainsi à Remich très, très facilement. Plutôt que de passer en Allemagne, je préfère longer le fleuve de la Moselle sur une piste cyclable jusque la frontière française. J’atteins ainsi Sierk-les-Bains et son magnifique château des ducs de Lorraine du 12ème. Malheureusement, les nuages ont refait leur apparition. Peu motivé à reprendre la route, je m’installe au camping municipal. Et ce n’est vraiment pas cher ! Je discute un moment avec un couple de hollandais qui voyage également à vélo. Un marché traditionnel se tient au centre de la petite ville jusque 1 h du mat. Plutôt que de préparer mes pâtes quotidiennes, je pars manger un morceau et déguster une bière de la région. Je rentre la panse remplie, alors que la nuit tombe. Le camping est fermé par une grille avec un code. Et bien sûr, je l’ai oublié dans la tente ! Je grimpe alors par-dessus pour rejoindre mon petit lit douillet. Enfin plutôt mon sac de couchage et mon mince matelas autogonflant.

 2 Sierck-les-Bains 

 

Samedi 7 août : Sierk-les-Bains – Forêt de Fénétrange (101 km)

 

  1 Sur les routes de Lorraine 

De bonne heure, je rejoins la départementale en direction de Bouzonville. Elle grimpe fortement dans les collines boisées jusque Montenach, puis oscille à travers champs. Le soleil tape vraiment fort aujourd’hui. L’église de la petite ville est édifiée au bord d’une charmante rivière descendant en cascades. L’intérieur est par contre assez quelconque. Après quelques courses, j’emprunte des petites routes bordées d’arbres, qui traversent entre autres les villages de Téterchem, Coume et Porcelette. Cela pour éviter la circulation infernale de la nationale. J’arrive ainsi sous le coup de 14 h à St Avold. Au premier abord, la ville ne me fait pas grosse impression. Seule l’ancienne abbatiale du 18ème mérite le détour. Elle est malheureusement enserrée par des bâtiments. Pendant que je mange un bout à proximité, une folle dingue me parle d’un tas de choses incohérentes A l’intérieur, le chœur, les orgues et quelques sculptures religieuses sont les principaux attraits de l’édifice. Je reprends mon chemin toujours sous un soleil de plomb. Quelques côtes me font mal aux jambes. Fort heureusement, les descentes sont bien plus agréables. J’atteins même une pointe de vitesse à 61 km/h. Le paysage reste très champêtre. D’ailleurs, beaucoup de paysans s’activent dans les champs. Comme hier en fin de journée, les nuages sont de retour. J’aperçois au loin les montagnes des Vosges, puis les deux flèches de l’église St Nicolas du village de Munster (pas le fromage puant hein !). Une vieille dame me permet une dernière visite. De gros travaux sont engagés pour restaurer l’édifice religieux. Le chœur et un vieux tombeau en pierre sont splendides. Je repars pour une dizaine de kilomètres avec la ferme intention de trouver un coin pour bivouaquer. Dans la forêt de Fénétrange, je trouve une cabane de chasseurs avec la porte ouverte. Mais comme demain c’est dimanche, j’ai peur d’être délogé ! Quelques centaines de mètres plus loin, je plante la tente sous les arbres. Surpris par ma présence, un renard détale juste devant moi. Aujourd’hui, c’est la reprise du championnat de football. J’apprends par téléphone la défaite de mon équipe fétiche. Je m’endors enfin avec le hululement lointain d’une chouette.       

   2 Etang à Munster en Lorraine                                                                             3 Bivouac dans la forêt de Fénétrange 

 

 

 

  

 

 

 

 

Dimanche 8 août : Forêt de Fénétrange –Strasbourg (96,5km)

 1 Le temps menace 

Pendant que je déjeune, il se met à pleuvoir. Quelle poisse ! Et dire que ma tente commençait à sécher ! Je charge quand même mon vélo pour reprendre la route jusque Fénétrange. Le château est assez banal. L’église renferme normalement de beaux vitraux du 15ème, mais les portes sont une nouvelle fois fermées. Quelques beaux bâtiments égayent les rues étroites, comme le vieil hospice. Seulement tout semble à l’abandon, comme souvent en Lorraine. Surement un manque de moyens ! Je discute un moment avec un couple qui se ballade dans la région avec un tandem Pino, c'est-à-dire couché à l’avant et droit à l’arrière. Le soleil finit par pointer son nez, mais de gros nuages noirs menacent. A la sortie du village, une bonne côte me casse un peu les jambes. Je traverse ainsi des petits villages (Kirrberg, Rauwiller, Lixheim entre autres) jusque Phalsbourg. Je croise une dame qui n’a pas l’air d’avoir toute sa tête. Décidemment, c’est la maladie du coin ! Comme un peu partout en France, Vauban a laissé son empreinte. Je déambule alors dans la petite ville à la découverte des différents monuments : château, portes d’Allemagne et de France, ancienne caserne… L’église domine la large place et son hôtel de ville. Peu rassuré d’abandonner mon vélo, je découvre rapidement l’intérieur de l’édifice religieux. Je pique-nique sur un banc à l’ombre d’un arbre. La route qui suit n’est pas trop difficile. Je me retrouve rapidement au sommet du col de Saverne à 410 m. Il faut reconnaitre qu’il est plus difficile de grimper sur l’autre versant. Pour être honnête, j’ai monté progressivement ces derniers jours. J’atteins Saverne à grande vitesse par de grands virages en épingle. La petite ville est charmante. Je découvre le château des Rohan, l’église Notre-Dame de la Trinité, la maison Katz avec ses sculptures en bois et le cloître des Recollets du 14ème. A l’office du tourisme, la fille m’indique une piste cyclable pour rejoindre Strasbourg. Certes cela rallonge mon parcours, mais elle longe le canal qui va de la Marne au Rhin. Donc parcours relativement plat ! Aussi, je me rends compte avoir perdu mes lunettes. Cela faisait plusieurs fois que je devais les changer de sacoche. Et bien voilà c’est arrivé ! Il est vraiment agréable d’entrainer des plus gros braquets sur du plat après toutes ces montées et descentes. Un jeune d’une vingtaine d’années semble passionné par mon vélo chargé. Nous faisons un bout de chemin ensemble, tout en discutant de nos voyages cyclistes. J’arrive enfin à Strasbourg par une moche banlieue. Par contre, le centre est magnifique. La lumière orangée du soleil tape encore sur la façade de la cathédrale. Je réserve la visite pour la matinée de demain. Je galère un peu pour trouver le camping à la Montagne Verte, mais des gens m’aiguillent finalement dans la bonne direction.

2 Le premier col du voyage 

Lundi 9 août : Strasbourg – Dambach-la-Ville (76,1km)

  3 La cathédrale de Strasbourg

Il fait super beau. Au réveil, je me fais offrir le café par mes voisins de tente. Bien sympa ! Ce couple sexagénaire vient de Vendée. La dame est complètement admirative de mon projet. Je quitte enfin le camping vers les 11 h. Je reprends la même piste cyclable que la veille pour rejoindre le centre de Strasbourg. Je déambule dans le quartier de la Petite France, de la place Kléber et autour de la cathédrale. Il y a un nombre incroyable de touristes. Il est vrai que la ville est vraiment super jolie avec toutes ses maisons à colombages. Ma visite est assez rapide pour y être venu déjà plusieurs fois, notamment lors d’une certaine finale de coupe du monde de football en 1998. Quel bon souvenir, pas comme cette année ! Je pique-nique au bord de la rivière de l’Ill, loin de la foule. Une piste cyclable permet de rallier Molsheim en longeant le canal de la Bruche. C’est vraiment agréable ! Sur mon chemin, le village de Dachstein est cerné de remparts et de douves. Je fais un tour rapide à Molsheim pour découvrir notamment le Metzig du 16ème (ancien hôtel de ville) et la porte des forgerons du Moyen Age. En effet, l’heure est déjà bien avancée. De plus, des nuages commencent à faire leur apparition. A la sortie, les cyclistes et les tracteurs sont déviés à travers champs. La grosse nationale est en effet interdite aux vélos à cause du trafic routier. La route des vins d’Alsace démarre réellement à partir de Rosheim, qui renferme une belle église du 12ème. Je traverse ainsi des villages aussi mignons les uns que les autres. La plupart des maisons à colombages sont colorées et richement fleuries. Tant est si bien que je perds un temps fou à prendre des clichés. Les voitures garées sur les places et dans les ruelles cassent un peu le charme des lieux. Mais il faut bien que les gens vivent ! A Heiligenstein, au sommet d’une bonne côte, je jouis d’un magnifique panorama sur les vignes rangées rectilignement. A cause de l’heure tardive, je sais que je n’atteindrais pas Colmar ce soir. Il faut dire que les travaux sur la route, les indications floues de mon guide et les clichés m’ont fait perdre un temps considérable. A chaque fois que je veux tirer une photo, le soleil disparait derrière les nuages. C’est à croire qu’il le fait exprès ! Et cela a le don de m’agacer ! Je décide de m’installer au camping municipal de l’Ours à Dambach-la-Ville. Dès mon arrivée, un couple de hollandais m’invite à manger avec eux. Décidemment, c’est la journée ! Mais comme ils ne parlent pas le français (et moi très mal le néerlandais), nous conversons en anglais. Je passe alors une bonne soirée en compagnie de Nick et Wim

. 1 La Petite France à Strasbourg 

 

Mardi 10 août : Dambach-la-Ville – Bantzenheim (91,4 km)2 En route pour les vins d'Alsace  3 Les maisons à colombages de Colmar

            

Dans un premier temps, je repars en ville pour découvrir les remparts et les maisons à colombages de Dambach. Puis à peine démarré, je me trompe de route. Du coup, je ne verrai pas le château de Berstein. Par contre, celui d’Ortenbourg est bien visible au loin. Toujours des vignes à perte de vue ! Je traverse des villages qui finissent par se ressembler un peu (Scherwiller,Châtenois, Saint-Hippolyte..). A chaque fois, une route principale est bordée de belles maisons à colombages aux couleurs variées. Le célèbre château du Haut-Koenigsbourg domine fièrement les vignobles depuis le sommet de sa petite montagne. A cause de l’heure qui tourne, je précipite la visite de Bergheim. Plus loin, Ribeauvillé est également joli. Cependant, le village perd de son authenticité à cause de la marée humaine qui a envahie les rues. Je fais un dernier crochet jusque Riquewihr, submergé également par les touristes. Dommage, car le village a vraiment beaucoup de charme ! Désormais, je me laisse glisser jusque Colmar. Il est déjà presque 14 h lorsque je m’apprête à manger sur un banc. Puis à l’office du tourisme, une jolie fille me fournit un itinéraire de découverte de la ville. Il passe notamment par la collégiale St Martin et par de belles maisons typiques aux pierres sculptées. La Petite Venise est un quartier traversé par un canal bordé par de superbes maisons à colombages. Je m’enfile une bière alsacienne (Licorne) avant de reprendre le pédalage vers 17 h. Il faut absolument que je m’approche au plus près de Bâle en Suisse. La route est complètement plate, traversant de grands champs de maïs. Il fait vraiment chaud. La température avoisine les 32°C. Je roule un peu comme un robot pour avaler les kilomètres. D’un coup, tilt ! Il me semble avoir vu un camping. En effet, je n’ai pas rêvé ! Plutôt que de bivouaquer dans la forêt proche, je préfère m’y installer. Il est déjà 20 h passé, et il reste une grosse vingtaine de kilomètres pour rejoindre Bâle. On verra ça demain ! 2 Les cigognes d'Alsace 

  1 Les vignobles  

 

Mercredi 11 août : Bantzenheim – Glovelier (CH) (97,9 km)

  1 La frontière suisse

Je reprends la route plate en direction de Bâle. La propriétaire du camping m’a conseillé de visiter une vieille église romane du 11ème, située à Ottmarsheim. D’après ses dires, c’est la réplique miniature de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle. Quelques belles fresques sont peintes sur les plafonds et les murs. A St-Louis, je discute longuement de mon aventure avec le pharmacien. En passant la frontière suisse, je quitte la France pour plusieurs mois. Si tout se passe bien, je serais de retour dans une petite année ! Je pique-nique sur un banc, avant d’entamer la visite de Bâle. Les fontaines de la ville fournissent de l’eau fraîche et potable. Et c’est bien pratique pour se réapprovisionner ! En grimpant jusque la cathédrale Münster, je jouis d’une vue sur le Petit Bâle et le célèbre pont Mittlererhein Brücke. L’édifice religieux possède de jolis portails en pierres sculptées et deux cloîtres gothiques. L’intérieur est par contre assez sobre. A Bâle à cette période, tous les monuments sont malheureusement en rénovation. Le Rathaus (hôtel de ville) est même masqué par les échafaudages. Depuis ma visite avec Guillaume et José, il y a quelques années, je ne reconnais absolument pas la ville. Un habitant m’indique la piste cyclable 23 qui part directement dans la région des Franches-Montagnes. Je quitte ainsi la ville sans trafic routier. Elle longe ensuite la rivière de la Birs (et du même coup la voie de chemin de fer) jusque Delémont. C’est pourquoi je suis agréablement surpris de cet itinéraire quasiment plat dans la vallée. Dans la petite ville, une fille s’intéresse également à mon aventure cyclotouriste. Bien sympa en tout cas ! Depuis plusieurs kilomètres, le temps s’est gâté. Je pédale jusque Glovelier sous la menace de la pluie. A l’hôtel de la gare, José a l’air bien surpris de me voir. Il faut dire que je viens à l’improviste ! Nous avions pédalé ensemble en Islande et en Hongrie il y a plusieurs années. Il me présente son amie Sara. Tous deux m’invitent chez eux pour souper et boire quelques bières locales (de la brasserie des Franches-Montagnes). Ils ont également un gros projet à vélo dans plusieurs mois. 3 Sur la piste de Glovelier 

 2 Le Rhin à Bâle 

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Vendredi 20 août 2010 5 20 /08 /Août /2010 23:17


Jeudi 12 août :
Glovelier

 

Je flemmarde un peu le matin. Dans un premier temps, j’ai l’intention de partir en début d’après-midi. Et cela pour ne pas trop déranger mes hôtes ! Je tente de régler mes derniers problèmes administratifs et alimenter mon blog. Je galère tellement que cela me prend une bonne partie de la journée ! C’est pourquoi, avec l’accord de Sara et José, je décide de rester une nuit de plus à Glovelier. Un jour de repos, cela ne peut pas faire de mal ! Nous finissons la soirée de la même manière que la veille. Nous nous enfilons une, deux…enfin, plusieurs bières locales dans la bonne humeur. Et cela jusque plus de 3 h du mat ! Le réveil risque d’être bien difficile !

   
Sarah--Jose-et-moi.jpg



Vendredi 13 août :
Glovelier
- Berne (85,1 km)

  Pont-en-pierres-dans-les-gorges.jpg Dans-les-gorges-du-Pichoux.jpg

  

 

 

 

 

 

 

 

 

Après une courte nuit, j’organise mes sacs pour redémarrer mon périple. Sur les conseils de José, je change d’itinéraire pour gagner un peu de temps. En effet, je ne tiens pas à rater le rendez-vous en Slovénie avec Céline, Jérôme et le petit Hugo. Du coup, ça ne sera pas Lausanne, mais plutôt Berne. Il est déjà 11 h lorsque je prends le départ. Malgré mon arrivée à l’improviste, l’accueil de Sara et José était vraiment chaleureux. Un grand merci à eux ! La route s’élève doucement dans les gorges du Pichoux. La montée n’est pas difficile, et le paysage vraiment splendide. J’atteins ainsi facilement le monastère de Bellelay au sommet. La descente sur Tavannes par le col de Pierre-Pertuis, à 827 m, est enivrante. Je casse la graine sur un banc, dans un virage surplombant la ville. Ma route plonge ensuite vers Bienne traversant des tunnels dans la montagne. Elle emprunte même durant un bon moment l’autoroute. Un semblant de piste cyclable est d’ailleurs tracé sur la chaussée. C’est quand même incroyable ! La vieille ville de Bienne renferme une petite place entourée de belles maisons bourgeoises. Mais c’est tout ce qu’il y a à se mettre sous la dent ! Je poursuis alors mon chemin vers Berne. Je pédale dans une large vallée relativement plate, le long d’une ligne de chemin de fer. J’emprunte tantôt la nationale, tantôt la piste 64 prévue pour les vélos. Ce tronçon n’est pourtant pas vraiment intéressant. J’atteins alors Berne, en fin d’après-midi. Pour la visite de la capitale fédérale, il va falloir attendre le lendemain ! En effet, une sorte de festival de la musique a attiré une foule incroyable. Et circuler dans les rues bondées avec un vélo chargé devient vite un calvaire ! C’est pourquoi je décide de me rendre au camping de la ville (Eichholz), situé à 3 km. Les tentes sont un peu entassées les unes sur les autres, mais cela fera l’affaire pour une nuit ! 


Samedi 14 août : Berne - Kandersteg (85,8 km) 

 

La-ville-basse-de-Berne.jpg 

Pas de bol, le temps est gris ! Les clichés ne seront pas terribles ! Je repars quand même à la découverte de la ville. Elle renferme de splendides monuments, comme l’immense palais fédéral, la tour de la Prison et la curieuse tour de l’Horloge. Les rues commerçantes sont bordées de maisons aux arcades. De nombreuses fontaines jalonnent également la ville, notamment celle de l’Ogre. La tour de la cathédrale est en partie masquée par des échafaudages. C’est à croire que toute la Suisse est en rénovation ! Elle comporte par contre un superbe tympan sculpté. Un peu plus loin, le quartier de la Matte possède de jolies maisons basses. Aussi au bord de la rivière de l’Aare, quelques ours vivent dans une sorte de fosse. Il est à nouveau bien tard lorsque je prends la route. J’emprunte l’itinéraire prévu pour les cyclistes pour rejoindre Thoune. Cela pour éviter la circulation ! Il longe agréablement la rivière, traversant de temps en temps forêts et champs. La silhouette des premières montagnes alpestres commencent à se dessiner au loin. A Thoune, les maisons de la rue principale sont sur deux niveaux. Le toit de l’étage inférieur sert de terrasse pour le commerce supérieur. Le Rathaus (hôtel de ville) est à nouveau caché par un écran de cinéma de plein air. Le château du 12ème S domine du haut de son escarpement rocheux la petite ville. Jugeant que l’itinéraire pour les cyclistes s’écarte trop du lac de Thoune, j’emprunte la petite nationale jusque Spiez. La cité possède également un joli château en bordure de l’eau. La pluie se met à tomber lorsque je prends l’itinéraire 64 jusque Kandersteg. Le paysage est totalement masqué par les nuages. Dans un premier temps, ça grimpe doucettement jusque Frutigen. De nombreux chalets en bois, typiques à la Suisse, sont construits dans les villages traversés. Puis, le bitume cède sa place à un sentier en gravier. De sacrés raidillons n’arrangent pas ma progression. De plus à cause de la pluie, ma roue arrière patine. Et me voilà en train de pousser le vélo sur des pentes terribles ! Et c’est franchement épuisant ! La piste longe la rivière Kander qui dévale la montagne avec fracas. J’arrive ainsi dans un état lamentable à Kandersteg (1124 m), trempé de la tête au pied et bien fatigué. Pour la suite du parcours, je dois prendre le train qui traverse le massif montagneux dans un tunnel. De toute façon, je n’ai pas le choix ! En effet, la petite ville est coincée dans un cul-de-sac. Comme il est déjà tard et que je commence à avoir froid, je plante la tente au camping du coin. Il pleut encore et encore. Pourvu que cela cesse durant la nuit ! Aujourd’hui, j’ai passé mon millième kilomètre.
  

Les-chalets-dans-la-montagne.jpg 


Dimanche 15 août :
Kandersteg - Mergozzo (I)(90,5 km)

 

Toute la nuit, il a plu ! Ce matin, ça s’est un peu calmé, mais il tombe encore des gouttes ! Quelques glaciers et névés au sommet des montagnes montrent enfin le bout de leur nez. Le prix du camping est affolant, plus de 15 euros. Mais vu les conditions climatiques d‘hier, il était plus sage d’éviter le bivouac ! Après quelques réglages sur le vélo, j’embarque dans le train qui fait la liaison pour les véhicules motorisés vers Goppenstein. Les voitures sont garées à la queue leu leu sur les wagons. Le trajet ne dure pas bien longtemps. Puis, je dévale rapidement les derniers kilomètres jusque la vallée du Rhône. La vitesse est grisante, dépassant les 65 km/h. De nombreux nuages restent accrochés au sommet des montagnes. Je  prends ensuite la direction de Brigue, situé à une vingtaine de kilomètres.

 

Nuages-dans-les-montagnes-de-la-vallee-du-Rhone.jpgLe-chateau-de-Brigue.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Je pique-nique sur un banc alors que le temps menace à nouveau. La petite ville possède un beau château avec une cour intérieur cernée d’arcades. Puis, il me faut attaquer la grimpette du fameux col du Simplon sur 24 km. La pluie se met à tomber dès que j’entame la montée. Et cela empire au fil de ma progression ! L’eau ruisselle sur la chaussée, et les automobilistes m’éclaboussent à chaque dépassement. Au bout de 3 ou 4 km, je suis trempé jusqu’aux os. La mort dans l’âme, je décide de faire demi-tour sur Brigue. Un train, identique à celui du matin, traverse le massif montagneux par un tunnel. Je suis quand même frustré. En effet, j’avais fait du Simplon un défi personnel. Je quitte ainsi la Suisse par la petite porte, pour Iselle en Italie. Le trajet est une nouvelle fois très court. Les douaniers ne font pas de zèle, et me laisse passer. La route descend longuement jusque Domodossola dans l’impressionnante vallée de la Diveria. Elle s’aplanit ensuite le long de la rivière Toce. Après une journée pluvieuse, les premiers rayons de soleil font enfin leur apparition en début de soirée. Ce qui m’incite à bivouaquer juste avant le village de Mergozzo dans un bosquet. ! 

 

 

Lundi 16 août : Mergozzo - Lenno (111,1 km)

 

Le-petit-port-de-Mergozzo.jpg 

Cette nuit, il y a eu du remue-ménage autour de la tente. J’ai parfois entendu des craquements de branches ou des cris d’animaux. La route longe le joli lac de Mergozzo, avant de rejoindre Verbania. Sur la chaussée, un superbe furet vient d’être percuté par une voiture. Quelle tristesse ! Puis, le lac majeur s’étale magnifiquement entre les montagnes escarpées. Je ne m’attarde pas dans cette petite ville sans réel intérêt. J’emprunte le bateau, qui fait la liaison jusque Laveno sur la rive opposée. Je quitte ainsi le Piémont pour la Lombardie. Le temps change : le soleil se cache derrière une sorte de brume de chaleur. Derrière moi, les sommets des montagnes sont toujours encombrés par les nuages. J’atteins ainsi facilement le lac de Varese. Par contre, il est souvent masqué par des bâtiments ou des arbustes. Après avoir cassé la graine, je survole Varese qui s’avère peu intéressante. La route devient vite désagréable avec son lot d’automobilistes. Après quelques bonnes côtes, elle rejoint Côme. Les ruelles étroites sont bordées de belles maisons anciennes. La petite ville renferme plusieurs édifices religieux intéressants, comme l’impressionnant Duomo ou l’église plus modeste de San Fedele. Je goûte une célèbre glace italienne avant de reprendre mon parcours sur la côte Ouest du lac de Côme. Sur la route, je visite l’église de San Abbondio avec sa série de toits inclinés. J’arrive juste à temps, car un homme vient pour fermer les portes. Les derniers rayons de soleil embrasent l’étendue d’eau. De nombreux villages aux somptueuses villas sont accrochés sur les hauteurs. Naïvement, j’espère trouver un endroit isolé pour bivouaquer. Mais les montagnes tombent abruptement dans le lac, ne laissant pas un centimètre carré pour planter la tente ! Je pédale encore et toujours, alors que la nuit commence à tomber. Finalement, j’aperçois un petit camping à Lenno. C’est une nouvelle fois bien cher, mais cela fera l’affaire !

   Village-perche-sur-le-lac-de-Come.jpg

  Moi sur le lac Majeur

   

    
Mardi 17 août : Lenno - Palazollo sull’Oglio (104,1 km)

 

Le camping se trouve entre la route et le lac de Côme. Du coup, le passage des voitures m’a régulièrement réveillé Je poursuis les quelques kilomètres qui me séparent de l’embarcadère de Tremezzo. Le bateau fait immédiatement la traversée jusque Bellagio. Un motard français me confirme une météo exécrable au sommet du Simplon ce dimanche dernier. Par contre aujourd’hui, c’est plein soleil ! Le village comporte de superbes villas et une vieille église. Puis, mon parcours longe agréablement le lac de Lecco (un bras du lac de Côme). Le paysage est vraiment agréable. Juste avant d’arriver dans la ville de Lecco, je dois emprunter deux tunnels de deux kilomètres chacun. Normalement, c’est interdit aux vélos, mais il n’y a pas d’autres routes ! Je pique-nique face à l’étendue d’eau, dans la banale petite ville. La nationale jusque Bergame est sans aucun intérêt. J’enchaine les kilomètres le nez dans le guidon. Bâtie sur une colline, la ville haute est un  réel enchantement.

  La-ville-haute-de-Bergame.jpg

La-place-medievale-de-Bergame.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une bonne côte le long des remparts de la citadelle permet d’y accéder. Sur la place Piazza Vecchia, la cathédrale Duomo, la basilique Santa Maria Maggiore et la chapelle Colleoni sont édifiées côte à côte. Elles renferment de superbes fresques, des tapisseries, des statues et du mobilier religieux. Je visite rapidement la ville basse, autour de la place Piazza Matteotti et de la rue Pignolo dans un vieux quartier. Je traverse ensuite un site d’usines désaffectées pour sortir de la ville. Mais quelle galère ! On me renvoie à chaque fois sur l’autoroute. Il faut dire que les indications en Italie du Nord ne sont vraiment pas précises ! C’est comme pour les distances kilométriques, elles oscillent constamment. Une fois, 30 km, puis 20, puis de nouveau 30.… Bref, je ne me fis plus qu’à ma carte routière ! Je poursuis mon chemin en direction de Brescia. Cette route inintéressante est désormais complètement plate. J’aperçois au loin la chaîne de montagnes que je viens de quitter. Après une vingtaine de kilomètres, je cherche un endroit pour bivouaquer autour de Palazollo sull’Oglio. Je plante la tente dans un champs humide, au bord d’une piste cyclable. Mon bivouac n’est pas discret, mais presque personne ne circule à cette heure tardive. Enfin, on verra bien !

 

 

Mercredi 18 août : Palazollo sull'Oglio - Castegnato (28,2 km) 

                                                Neuville-en-Ferrain

  

 

Les-champs-pres-de-Brescia.jpg 

L’accident ! ! !

Plusieurs dames ont aperçu mon bivouac. C’est pourquoi je décampe assez tôt pour éviter les problèmes. La tente est complètement trempée par la rosée. Je reprends la même route qu’hier en direction de Brescia. Le paysage est toujours monotone, sans relief. J’avale ainsi les kilomètres à grande allure. A Castegnato, juste avant la petite ville, je laisse passer un train qui freine mon élan. Dès les barrières relevées, une voiture me rase de très près lorsque je me relance. Apeuré, je fais un écart sur la droite. Ma roue se prend dans le rail. Et patatras, je fais une valdingue, tombant lourdement sur l’épaule ! Le véhicule ne s’arrête même pas, c’est celui qui suit qui vient prendre de mes nouvelles. Dès que je me relève, je sens que quelque chose ne va pas. La douleur me rappelle une certaine cassure à la clavicule lors d’un combat de judo. Le conducteur appelle une ambulance. Il embarque également mon vélo et mes sacs dans une camionnette. Mais sans les papiers, je suis pas inconscient ! On m’emmène alors aux urgences de la clinique Santa Anna de Brescia. Pour se faire comprendre, c’est assez folklo ! Personne ne parle français, ni anglais, même pas les médecins ! Enfin, tout se passe dans la bonne humeur, les infirmières sont même aux petits soins pour moi. Et ça n’est pas désagréable ! Par contre, je crains pour la suite de mon aventure. Après les radios, le verdict tombe : fracture de la clavicule donc immobilisation de l’épaule pendant minimum trois semaines. Une infirmière originaire d’Arras m’explique enfin cela dans la langue de Molière. C’est quand même plus facile ! Plusieurs choix se présentent à moi. En vacances en Slovénie, Céline et Jérôme se proposent pour venir me chercher et passer les derniers jours ensemble. Finalement, pour ne pas perdre l’avantage d’un rapatriement gratis, je décide de rentrer à la casa. Tout se passe par téléphone avec l‘assurance ! Un taxi passe me prendre pour récupérer dans un premier temps mes sacoches. Le conducteur a un mal fou à trouver la rue du gars, et le numéro de téléphone ne répond pas. Du coup, j’ai peur de m’être fait berner ! Après maintes recherches, l’adresse correspond à une petite entreprise. L’homme, nommé Oscar Braga, m’amène ma fidèle monture. Ouf ! Je récupère mes biens, puis file jusque l’aéroport de Milan. L’avion décolle à 18 h 15. Avec un seul bras, il est difficile d’organiser les sacoches pour l’enregistrement. Le trajet pour Lesquin dure trois heures, comprenant une petit heure de transit à Lyon. Puis, un taxi m’emmène jusque chez mes parents à Neuville, où mon frère Guillaume m’attend. En effet comme ma maison est louée, je ne peux rentrer chez moi ! Mon vélo est resté en Italie, car j’ai l’intention ferme de poursuivre l’expédition dès mon rétablissement.

 

 

Donc stand-by pour trois ou quatre semaines.

C’est moche, mais ce sont les risques de partir à l’aventure !

 



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Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 09:06

                                                                 

Lundi 27 et Mardi 28 septembre:  Neuville en Ferrain - Castegnato - Sirmione

 (59,8 km) 

 

        2.Mon vélo et les rails de la chute      1.Le groupe de secours en Italie 

 

Après plus de 5 semaines de convalescence, je peux redémarrer l’aventure. Cependant, ma motivation s’est atténuée au fil des semaines. Aussi sans aucun entrainement, je me demande si ma clavicule va tenir le coup. Enfin, on verra bien ! Mes parents m’emmènent à Lille pour prendre le train de 17 h 30. Après une heure de trajet, ma sœur m’attend à la gare du Nord de Paris pour m’aider à porter mes lourds sacs dans le métro. Quand on a pas le vélo, c’est vraiment pénible ! Jérôme et le petit Hugo nous rejoignent à la gare de Bercy à bicyclette. Franchement, je ne sais pas comment j’aurais fait s’ils n’étaient pas là ! Après avoir picolé une bière ensemble, j’embarque dans le train de nuit à 20 h 30 pour Brescia. Les cabines sont vraiment minuscules pour 6 personnes. Je ne peux même pas rentrer mes sacs bien trop volumineux. Le contrôleur m’indique de les laisser dehors, en attendant qu’il trouve une autre place. Entassés les uns sur les autres, je discute principalement avec une famille de péruviens. Enfin, plus particulièrement avec la fille (charmante entre nous !) qui parle bien l’anglais. Ils sillonnent l’Europe pendant un gros mois (un peu comme les américains !) Je finis par les quitter pour m’installer dans une autre cabine avec deux gars d’origine africaine. Je tente de roupiller malgré le bruit répétitif des rails de chemin de fer. Vers 5 h du matin, la douane italienne nous réveille pour contrôler les sacs et les valises. Par chance, ils n’ont pas touché aux miens ! Tant est si bien que le train a pris plus d’une heure de retard ! Après encore un arrêt prolongé en gare de Milan, j’arrive enfin à Brescia à 8 h du mat. Raphaël, l’un des deux blacks, me donne un coup de main pour sortir mes bagages jusque la sortie de la petite gare. Bien sympa ! Malgré la proposition d’Oscar (l’homme qui garde mon vélo) de venir me chercher au terminus des bus de Mandolossa, je préfère me rendre chez lui en taxi. Même si c’est plus cher, c’est beaucoup plus facile ! J’arrive donc à Castegnato rapidement. Mon vélo est déjà dehors, prêt à être chargé. Monsieur Zanini, l’homme qui a appelé l’ambulance, est également présent. Après les retrouvailles, je prépare tranquillement ma « bicycleta ». Nous faisons un dernier cliché pour le souvenir, et c’est reparti ! A la sortie du village, les rails qui m’ont fait chuter sont vraiment mauvais. A mon avis, je ne suis ni le premier, ni le dernier ! Je déambule ensuite dans les quartiers de Brescia sous le soleil, notamment autour de la gigantesque cathédrale baroque. Malheureusement, beaucoup d’édifices sont en travaux. Les ruines du Capitolium ne sont pas franchement impressionnantes. Il s’agissait d’un temple dédié à des dieux romains. Une petite grimpette me mène ensuite au château féodal qui surplombe la ville. Je me balade à pied un long moment dans l’enceinte. La route en direction de Vérone ne présente aucun intérêt. En plus de la circulation, ce n’est qu’une succession d’entreprises, de dépôts ou de centres commerciaux. J’atteins facilement la petite ville de Desenzano del Grada au bord du lac Majeur. Elle possède un mignon port de plaisance, proche d’une vieille place entourée d’arcades. Après la visite de    l’église, je grimpe à nouveau au château pour la vue sur la petite ville et le grand lac. Le paysage est cependant moins impressionnant qu’à Côme. De plus, tout est noyé dans la brume. D’ailleurs, un orage menace au loin. Je remonte rapidement à vélo pour me rendre à Sirmione, au bout d’une petite péninsule. Les vélos ne peuvent même pas rentrer dans le village hyper touristique. Je préfère faire demi-tour jusqu’au camping le plus proche, pour éviter de me faire voler les sacoches. De toute façon, la nuit commence à tomber. En effet, les jours sont beaucoup plus courts. Et franchement, je me suis fais avoir !

 

   3.Brescia    4.Le petit port de Desenzano del Grada 

 

                                                                                                           

Mercredi 29 septembre : Sirmione - Vérone (48,4 km)

   1.Au bout de la péninsule de Sirmione 

 

 

Le gardien du camping a fait des rondes toute la nuit. Bizarrement, cela ne m’a pas rassuré. C’est pourquoi je n’ai pas très bien dormi ! La propriétaire m’autorise à laisser tout mon attirail à la réception, le temps de faire un aller/retour jusqu’au village historique de Sirmione. Je pédale ainsi sans bagages, sous un soleil de plomb. J’abandonne mon vélo à l’extérieur le temps de la visite. Il est déjà 10 h, mais le flot de touristes n’a pas encore envahi les ruelles du village. Un beau château-fort domine les maisons alentour aux façades colorées. La vieille église Santa Maria Maggiore possède un beau portail et quelques fresques du 15ème S. Je marche ensuite le long de la côte jusqu’au bout de la péninsule. Le coin, parsemé d’oliviers, est vraiment paisible. Les ruines d’une villa romaine sont visibles au loin. Cependant, il faut payer un droit d’accès pour la visite. Aussi, la mignonne église en pierres San Pietro in Marino est fermée pour rénovation. Les touristes commencent à affluer, il est temps de rejoindre le camping pour récupérer ses affaires ! Même si le camping est bien équipé, le tarif de 16 euros pour une nuitée est tout de même excessif. Oscar m’avait pourtant prévenu « Ils attendent le touriste là bas ! » Par contre, il faut quand même reconnaitre que l’accueil est très sympa. Je reprends la fameuse nationale en direction de Vérone. Après une petite dizaine de kilomètres, je bifurque vers Peschiera pour avoir un aperçu de la ville. Elle est bâtie sur plusieurs petits îlots. Puis, la route devient infernale. Camions et voitures me rasent de très près. La circulation s’amenuise un peu à la bifurcation pour l’autoroute vers le Nord. Pendant quelques kilomètres, des champs d’arbres fruitiers (principalement des vignes et des kiwis) succèdent aux entrepôts et aux centres commerciaux. Je pique-nique à l’entrée de Vérone sur un banc. Il est presque 15 h lorsque je pars à la découverte de la ville. L’entrée des églises est payante. J’achète alors un pass qui permet de visiter les quatre principales. La façade de l’église San Zeno est en rénovation. A l’intérieur, je découvre notamment la célèbre porte de bronze et le triptyque de Mantegna. Le cloître attenant à l’édifice est également bien joli. La cathédrale Duomo présente une belle façade blanche. Elle renferme entre autres de belles fresques et un baptistère roman. Je poursuis la visite de la ville par le château moyenâgeux et les splendides arènes romaines. Au centre, une haute tour domine les places Piazza delle Erbe et Piazza dei Signori. Non loin, la maison de Juliette, rendue célèbre par Shakespeare, est un vrai nid à touristes. Franchement, c’est pas ma tasse de thé ! Aussi, je ne peux visiter l’église Sainte Anastasie car une célébration vient de démarrer. Il est déjà bien tard lorsque je tente de rejoindre à l’aveuglette le camping situé sur une colline. La grimpette est bien difficile à cause des pentes très élevées de la route. Je pose d’ailleurs pied plusieurs fois. Au sommet, je plante discrètement la tente derrière des arbustes, au pied des remparts de la forteresse San Pietro. Pour la petite histoire, le camping officiel est situé à peine à 200 m. 

   2.L'église San Zeno de Vérone 

 

 

Jeudi 30 septembre: Vérone - Montegrotto Terme (122 km)

    1.Vérone depuis la tour Lamberti 

 

Je décampe relativement tôt car une grosse étape m’attend. Je descend la colline à grande vitesse jusqu’au centre de Vérone. Le soleil est malheureusement masqué par un voile de brume. L’église Sainte Anastasie est la plus grande de la ville. Une nouvelle fois, de nombreuses chapelles intérieurs sont en rénovation. Les voûtes sont par contre magnifiquement décorées de fresques. Je monte ensuite les 368 marches de la tour du Lamberti, pour jouir du panorama sur la ville. L’accès est un peu onéreux, mais ça vaut vraiment le coup ! Je m’apprête à reprendre la route, lorsqu’un autochtone m’indique un parcours cycliste le long de la rivière Adige. Au départ, le sentier est bien boueux. Il se transforme en graviers en sortant de la forêt. Je quitte ainsi agréablement Vérone, loin du trafic routier. A cause de mon volumineux vélo, une sorte de borne au milieu d’un petit pont m’empêche de passer. Spontanément, le garde champêtre du coin vient m’aider à porter ma monture. Bien sympa ! Les méandres du cours d’eau rallongent considérablement mon parcours. C’est pourquoi après une dizaine de kilomètres, je m’enfonce dans la campagne. Sans carte précise, il est bien difficile de se repérer. Aboutissant dans des cul-de-sac, je fais ainsi plusieurs allers/retours. Et ça a le don de m’énerver ! Je finis par rattraper la nationale et sa circulation infernale. Après la petite ville de San Bonifacio, la route devient un peu plus agréable. Je casse la graine au bord d’un cour de tennis dans le village de Lobia. Puis, je fais quelques kilomètres supplémentaires à cause de ces foutues indications imprécises ! Fort heureusement, la route est relativement plate, s’engageant entre les monts Berici et les collines Euganei. En fin d’après-midi, les nuages envahissent le ciel. Je rejoins alors rapidement la ville de Padoue. Je réserve la visite pour demain car il est déjà bien tard. Pour l’heure, il faut trouver à loger ! Deux gars, limite clochards; m’aiguillent vers l’auberge de jeunesse. Comme je n’ai pas d’agréables souvenirs avec ces établissements (cf les journaux de route de mes précédentes aventures), je préfère pousser jusqu’au camping de Montegrotto Terme. Il est situé à une petite dizaine de kilomètres au pied des collines Euganei. Tout en cherchant un endroit pour bivouaquer à la sauvage ! N’ayant rien trouvé, j’arrive à destination alors que la nuit est presque tombée. Le prix est une nouvelle fois exorbitant, mais je n’ai pas trop le choix ! A cause de tous mes aléas de parcours, j’ai facilement pédalé une bonne vingtaine de kilomètres à rien !

    2.Moi à vélo le long de la rivière Adige 

 

 

Vendredi 1er octobre : Montegrotto Terme - Fusina (64,3 km)

  1.La basilique de St Antoine de Padoue 

   

                                                                         

Pas de bol, il pleut ! Quelle poisse ! Je reprends la route de la veille en sens inverse, pour rejoindre Padoue. Un marché se tient sur chaque place du centre. Ce qui met pas mal d’animation dans la ville ! Aussi, des centaines de policiers sont déployés dans le quartier. Mais je ne sais pour quelle raison ! Je visite ensuite le baptistère de la cathédrale dont les murs et le plafond sont entièrement recouverts de magnifiques fresques du 14ème S. Elles représentent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Je me fais rappeler à l’ordre par l’homme au guichet, car les photos sont interdites. L’intérieur de la cathédrale est par contre beaucoup plus sobre. Les murs blanchis à la chaux rendent l’édifice très lumineux. Je traverse ensuite la ville pour la chapelle de Scrovegni. La queue d’attente à l’entrée finit par me faire renoncer à la visite. Franchement, j’ai bien du mal à m’orienter dans cette ville. Dans l’immense basilique San Antonio, un nombre incroyable de pèlerins se massent autour des reliques et de la tombe d’Antoine de Padoue. Les photos sont une nouvelle fois interdites. Certainement pour vendre leurs cartes souvenirs à prix d’or ! Lorsque je reprends la route, il se remet à pleuviner. A la sortie de la ville, comme bien souvent, il y a une circulation terrible. A chaque dépassement, les véhicules m’éclaboussent. Je profite de quelques arbres pour manger un morceau à l’abri de la pluie. Je longe ensuite le canal de la rivière Brenta en direction de Venise. De nombreuses villas sont construites sur les berges. Certaines sont vraiment somptueuses, d’autres ne sont même plus entretenues. La façade de la villa Pisani est malheureusement en rénovation. Ce palais est surtout devenu célèbre grâce à la rencontre de Hitler et de Mussolini. En cette fin d’après-midi, la pluie a enfin cessé. Je décide finalement de planter la tente dans un camping, plutôt que de réserver une chambre coûteuse à Venise. Le tarif est quasi identique par rapport à la veille On en profite dans le coin !. Le seul inconvénient est que la ville se situe encore à une quinzaine de kilomètres. Le village de Fusina se trouve au bout d’une petite rue en cul-de-sac, non loin d‘une usine pétrochimique. L’avantage est qu’il est possible de rejoindre Venise par bateau. Enfin on verra demain ! Ma tente est plantée au bord de la mer, avec vue sur la ville de Marco Polo au loin.

  2.Le canal de la Brenta 

   

Samedi 2 octobre: Visite de Venise

  1.Les gondoles à Venise

                            2.Venise depuis le Campanile                      

 

Au vu du tarif pour les bateaux, je décide de prendre le bus pour rejoindre Venise. Cela coûte quand même plus de dix fois moins cher ! Après un changement à Mestre, j’arrive à destination sous le coup des 9 h du mat. Le trajet n’a duré qu’une grosse demi-heure. Tout mon barda est resté au camping, je n’ai pris que le strict minimum. Je traverse la ville à pied en longeant le Grand Canal, en direction de la célèbre place San Marco. Aucun véhicule ne circule dans la cité des Doges. Par contre, les ruelles grouillent de monde. Cela finit même par devenir oppressant. Et franchement, ça me saoule ! A tel point qu’il me faut un bon moment pour commencer à apprécier la promenade. Ceci-dit, la ville est super jolie. Les rues sont bordées de belles maisons colorées, entrecoupées par les canaux. Forcément, Venise sans les gondoles ne serait pas Venise ! Je ne vais pas faire un descriptif de tout ce que j’ai vu, car j’ai bien crapahuté. « Juste l’essentiel, promis ! » Pour plus de détails, vous pouvez toujours acheter un guide touristique ! Dans un premier temps, je déambule autour de la place San Marco. Il y a une longue file d’attente pour visiter les monuments les plus connus. Je grimpe au sommet de la tour du Campanile, pour admirer la ville depuis les hauteurs. Forcément, c’est pas gratuit ! L’intérieur de la basilique renferme de superbes mosaïques, mais surtout un magnifique retable en or avec des émaux encastrés. Je me balade ensuite dans le quartier de San Polo et Santa Croce. Le pont du Rialto est assailli par les touristes. Pourtant, je trouve que ce n’est pas le plus beau coin de la ville ! Même si l’on peut admirer les superbes palais qui bordent le Grand Canal. De très nombreuses églises, plus ou moins intéressantes, jalonnent la ville. Les accès de certaines sont payantes. Il faut faire un minimum attention aux dépenses, car on peut vite se faire plumer ! De plus, les photos sont interdites à l’intérieur des édifices. Et malheur à celui qui tente l’expérience ! Il se fait vite réprimander par un gardien. Hors cérémonie religieuse, je ne vois vraiment pas en quoi cela dérange ! M’enfin ! Lorsque j’arrive à l’église des Frari, les portes ferment juste devant mon nez. Après avoir bien marché, je m’attable en terrasse d’un restaurant pour manger une pizza avec un bon verre de vin. Cela me change de mes pâtes quotidiennes ! Cependant, le service est un peu trop express à mon goût. De plus, une taxe (certainement tombée du ciel) est ajoutée à l’addition finale. Pas très honnête tout ça ! La nuit tombée, les rues se vident tout doucement. Ce qui donne une atmosphère particulière à la ville ! Le bus m’amène jusque la gare de Mestre pour ma correspondance. Il me faut patienter encore une bonne heure en compagnie d’un gars d’origine africaine. Bien sympa en tous cas ! Je retrouve finalement avec bonheur ma tente et mon duvet douillet au camping de Fusina.

 

 

Dimanche 3 octobre: Visite de Venise

  

  1.Lever de soleil sur Venise 

 

 

Au réveil, le soleil à l’horizon donne une magnifique couleur orangée à la mer. C’est féerique ! Je rate ensuite malencontreusement mon bus pour quelques minutes. J’arrive finalement à bon port avec une heure de décalage sur mes prévisions. Je rejoins directement l’immense église des Frari. Cependant, il n’y a pas de visite car la messe du dimanche va commencer. Tant pis, j’abandonne ! C’est dommage car il parait que c’est l’une des plus intéressantes de Venise. Celle de San Pantalon possède de surprenantes fresques peintes au plafond. Une autre a une tour penchée, prête à s’effondrer. Un peu plus loin, le quartier de Dorsoduro est bien moins fréquenté par les touristes. Ce qui rend la balade plus agréable ! Malheureusement, beaucoup de monuments sont fermés. La foule réapparait au niveau des quais des Zattere. Le pont de l’Accademia offre une belle vue sur le Grand Canal et ses palais. A la place San Marco, je dois demander à plusieurs personnes pour me tirer en photo. C’est quand même incroyable ! Les gens se baladent avec des appareils reflex coûteux, et ne savent même pas cadrer une vue. C’est finalement une australienne parlant français qui fait mon bonheur. « Je parle de photo, pas de confusion ! » Il ne me reste plus qu’à rallier l’ancien quartier juif dans Cannaregio. C’est le premier ghetto de l’Histoire, datant du 16ème S. Le mot est d’ailleurs originaire de Venise. « Bon, je ne le savais pas non plus ! » Je tente de visiter quelques églises alentour, mais elles ont portes closes en ce jour dominical. Cette fois, c’en est fini avec les édifices religieux de Venise. Parce qu’à force, je vais finir par me retirer dans un monastère ! « Quoique chez les trappistes ! » En fin d’après-midi, je reprends le bus pour Fusina. Demain, je poursuis ma route vers d’autres horizons. Aussi à l’heure que j’écris ces lignes au bar du camping, je me fais bouffer par les moustiques !

    2.Moi sur la place San Marco 

 

Lundi 4 octobre :Fusina - Téglio Vénéto (96,1 km)

 

 1.Les bateaux du pont mobile à Caposile 

 

   

 

Après avoir remballé tout mon matériel, je reprends le même parcours du bus jusque Mestre. A l’entrée de la ville, quelques prostitués tapinent au bord de la route. Comparé aux deux derniers jours, le temps semble se dégrader. J’abandonne l’idée de rejoindre la place San Marco de Venise avec mon vélo. J’aurais aimé immortaliser l’évènement par une photo. Les escaliers des passerelles et la foule rendent l’expédition bien trop difficile. Tant pis ! La route qui suit est de nouveau sans intérêt, avec un gros trafic routier. C’est pourquoi après Portegrandi, je bifurque vers le Parc de la Lagune. Des centaines d’îlots se détachent de la côte, sous un ciel de plus en plus menaçant. Je croise deux cyclos du Nord de l‘Angleterre. Barry et Terry sont frères, ils réalisent une boucle depuis Venise à travers la Slovénie et la Croatie. Je leur tire mon chapeau ( ou plutôt ma casquette !), car ils ont approximativement la soixantaine. Je mange un morceau au village de Caposile. Etrangement, plusieurs grandes barques servent de soutènement au pont mobile. A Musile di Piave, il y a des panneaux de début et de fin de piste cyclable tous les dix mètres. C’est complètement absurde ! Aussi, il est bien difficile de se réapprovisionner entre midi et 15 h, car les italiens font la sieste. J’arrive à Portogruaro en fin d’après-midi. La tour de l’église penche dangereusement. Le centre est assez joli : la petite ville possède deux moulins à eau situés côte à côte. A peine arrivé, j’essuie une averse monumentale. Depuis le temps que ça menace ! J’attends une légère accalmie avant de repartir. Après une grosse dizaine de kilomètres dans la campagne, je plante la tente derrière les arbres un peu à l’écart de la route, non loin d‘un terrain militaire qui semble abandonné. Pourtant, les bâtiments sont éclairés. Bizarre ! D’un coup, il se remet à pleuvoir violemment ! Quelle poisse, d’autant plus que le terrain est complètement boueux ! Je patauge dans la gadoue. Cela risque de ne pas être marrant demain matin !

    2.Mon vélo devant les panneaux de la piste cyclable de Mus 

 

Mardi 5 octobre : Téglio Vénéto - Stupizza (85,2 km)

 

    1.La place d'Udine 

 

La pluie est tombée toute la nuit. Et ça continue encore et encore ! De plus, un vent d‘Est s‘est levé. Bref, je me retrouve dans un sacré bourbier ! Tout mon équipement est trempé et maculé de boue. Aussi, je peine à plier la tente à cause des violentes rafales. Avant de démarrer, je décrotte mes chaussures et nettoie succinctement mes vêtements pour éviter de ressembler à l’homme des bois ! Je reprends alors la route plate et directe pour Udine. Les champs alternent avec de petits bois récents. Bizarrement, les arbres ont été plantés rectilignement. Quelques geais s’envolent à mon passage. Il y a également un nombre incroyable de limaces qui cherchent la chaleur du bitume. Un vrai carnage ! En effet, en plus de la météo exécrable, le trafic routier est incessant. Je quitte ainsi la région de la Vénétie pour celle du Frioul. A Galleriano, je bifurque sur des petites routes plus tranquilles, traversant des petits villages. Par contre, il n’y a aucune boulangerie d’ouverte ! C’est finalement à la périphérie d’Udine que je trouve mon Graal. Je casse la graine dans un parc, avant d’entamer la visite. Le centre est bien joli avec ses petites places pavées, bordées de jolies maisons aux arcades. Quelques bâtiments historiques méritent également le coup d’œil. La grande église Duomo est malheureusement fermée à cette heure. Je poursuis mon bonhomme de chemin jusque Cividale. Les montagnes des Alpes Juliennes se profilent au loin. A la sortie du supermarché, une dame d’une cinquantaine d’années m’interpelle. Anne-Marie est une française expatriée en Italie. Venant de Montreuil-sur-Mer, elle parait émue de parler de la région de son enfance avec un chti. Elle m’offre même un café au bar d’en face. Une grosse demi-heure plus tard, je m’enfonce dans les montagnes alors que le soleil fait enfin son apparition. La route longe la vallée de la rivière Natisone en direction de la Slovénie. Après quelques kilomètres, je bivouaque derrière les arbustes, sur un terrain privé qui semble à l’abandon. Le grondement du cours d’eau à proximité finit par me bercer. Tiens, il se remet à pleuvoir, cela faisait longtemps !

    2.Ruisseau devant les Alpes Juliennes 

 

 

 

Mercredi 6 octobre : Stupizza - Sovodenj (82,7 km)

 

            3. La rivière Idrijca dans les montagnes slovènes   1. A la frontière slovène                            

 

Quelques kilomètres me séparent de la frontière slovène. J’ai hâte de découvrir ce nouveau pays. La route monte doucement dans la vallée de la rivière Nadiža. En fait, c’est la même qu’hier, mais avec un nom slave. Les montagnes sont toutes parsemées de forêts. Les feuilles des arbres se parent des jolies couleurs de l‘automne. De plus, il n’y a quasiment plus de circulation sur la petite nationale. Cela me change du trafic démentiel en Italie ! La route bifurque ensuite vers Kobarid, situé dans la vallée de la Soca. La ville est tristement célèbre à cause une bataille meurtrière durant la première guerre mondiale. Je pédale facilement le long de la rivière jusque Tolmin. Quelques percées du soleil me réchauffe un peu le corps. Je décide de me rendre aux gorges à proximité de Zatolmin. Je laisse mon vélo à la billetterie, et m’aventure à pied. Le sentier est devenu très glissant à cause des récentes pluies. D’ailleurs, ça dégouline de partout ! La montée des eaux de la rivière Tolminka empêche malheureusement d’apercevoir la source thermale. Un peu plus loin, un gros rocher s’est coincé entre les deux parois du canyon de la rivière Zadlašcica. A cause de sa forme et de la mousse qui le recouvre, il évoque une tête d’ours poilu pour les habitants du coin. Après une bonne heure de randonnée, je récupère mon vélo pour attaquer en sens inverse la côte qui me sépare de Tolmin. Je mange ensuite un morceau au centre de la petite ville. Le vent se lève d’un coup, ramenant de gros nuages gris bien menaçants. Et bien sûr, je l’ai dans le pif ! La route continue à longer agréablement la rivière Soca, puis dévie sur la rivière Idrijca. Je quitte ensuite la petite nationale pour m’enfoncer dans la montagne. A partir de Cerkno, ça grimpe sec ! La pente atteint même par endroits 12%. Après 7 km d‘ascension, j’atteins le sommet au village de Kladje, situé à 787 mètres d’altitude. Soit un dénivelé de plus de 600 mètres ! Bonne nouvelle, ma clavicule ne m’a pas gênée ! Je ne m’attarde pas à cause du froid ambiant. La nuit commence à tomber, lorsque j’amorce la descente. J’espère récupérer ainsi plusieurs degrés. Là haut, il fait à peine 8°C ! A la sortie du village de Sovodenj, je plante la tente sur un terrain herbeux complètement trempé. Il faut reconnaitre que mon bivouac n’est pas franchement discret. Aussi demain, ça serait bien de passer la nuit dans un camping officiel. Car trois nuits à la sauvage, ça commence à sentir le fennec !

 

   2. La tête de l'ours dans les gorges de Tolmin 

Jeudi 7 octobre : Sovodenj - Ljubljana (61,5 km)

 

    2. Sur le pont des dragons à Ljubljana 

 

Une petite bruine n’a pas arrêté de tomber toute la nuit. Je poursuis la descente dans l’étroite vallée de la rivière Poljanšcica. Le paysage est époustouflant. Il manque juste un peu de soleil pour débarbouiller ce ciel grisâtre. De plus, cela réchaufferait l’atmosphère, car il fait vraiment froid ce matin ! J’atteins ainsi très facilement Škofja Loka. Quelques automobilistes et motards me klaxonnent ou me font un signe pour m’encourager. Cela fait toujours plaisir ! La place principale de la petite ville est entourée de belles demeures aux façades renaissance. L’imposant château domine la cité depuis une colline. La circulation devient de plus en plus dense à l’approche de la capitale slovène. La route devient même interdite aux vélos. Cependant n’ayant d’autres alternatives, je finis par l’emprunter quand même ! Il ne me reste plus qu’à croiser les doigts pour ne pas rencontrer une patrouille de police. A Ljubljana, je me balade autour de la place Prešeren et de l’hôtel de ville. L’église St Nicolas est malheureusement fermée. Tout à coup, deux cyclistes s’arrêtent à ma hauteur, et me questionne sur mon voyage. Ils m’offrent même une bière à une terrasse de café au bord de la rivière Ljubljanica. Leon est slovène, tandis qu’Adam est irlandais. Et c’est ainsi que nous discutons en anglais pendant presque trois heures. Tant est si bien que ma visite de Ljubljana est reportée à demain matin ! Cela fait parti des imprévus agréables d’un voyageur à vélo ! Après une paire de bières locales, je remonte à bicyclette pour rejoindre le camping. Il se situe à environ 4 km au Nord du centre-ville. Ce n’est pas aujourd’hui que ma tente pourra sécher, car il fait vraiment froid à la nuit tombée !

 

    1. La rivière Poljanscica 

Publié dans : Europe
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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 13:25

Vendredi 8 octobre : Ljubljana - Spodnji log (57,5 km)

 

  1. La place Preseren de Ljubljana

 

A cause de la rosée du matin, la tente est à nouveau détrempée . Décidemment, elle ne séchera jamais ! Cette nuit, il a fait à nouveau très froid. Il est 10 h, lorsque je prends la route pour rejoindre le centre de Ljubljana. Par moments, quelques rayons de soleil finissent par percer l’épaisse couche nuageuse. C’est dingue ce que ça peut vous réchauffer ! La partie la plus jolie de la ville se situe sur les berges de la rivière Ljubljanica. Bâtiments historiques, petites places et édifices religieux se côtoient pour former un agréable ensemble architecturale. L’église baroque de St Nicolas renferme de superbes fresques et des orgues ornementés de dorures. Je flâne ensuite autour de la place Kongresni. Elle est malheureusement en travaux. De nombreux bâtiments, administratifs pour la plupart, sont masqués par des palissades. La bibliothèque nationale fut achevée par le célèbre architecte slovène Plecnik. Briques et pierres forment une superbe façade. Après de longues hésitations, je décide de monter au château sur la colline. En effet, l’heure est déjà bien avancée ! J’emprunte alors le funiculaire pour gagner du temps, plutôt que de monter à pied. De plus, mon vélo reste sous la surveillance du gars au guichet. C’est beaucoup plus sûr ! L’enceinte n’est pas franchement intéressante. Par contre, la vue circulaire depuis la tour sur Ljubljana vaut le détour. Je remonte ensuite à bicyclette pour filer vers l’Est. A la sortie de la ville, le trafic routier diminue considérablement. La route longe facilement la rivière Sava, traversant de beaux villages de montagne. Une agréable odeur de feu de bois embaume l’air ambiant. Avant Litija, dans le méandre du cours d’eau, le bitume cède la place à un sentier caillouteux dans la forêt. Une bonne côte me donne du fil à retordre ! Quelques kilomètres plus loin, je plante la tente à la sauvage au bord de la Sava, derrière quelques arbres. Cette nuit, le ciel est bien étoilé. La Voie Lactée est même visible ! J’espère du beau temps pour demain !

 

  2. Ljubljana depuis le château

 

Samedi 9 octobre : Spodnji log - Mostec (86,5 km)

 

  1. Le village de Radece au bord de la Sava

Ce matin, la brume a envahi la vallée. Je poursuis mon chemin le long de la tumultueuse rivière Sava. Le soleil a tendance à montrer le bout de son nez, mais les nuages restent bien accrochés aux cimes des montagnes. Sans trop de circulation, la route est bien agréable dans ce décor naturel. Seule une usine de production hydroélectrique gâche la beauté du paysage. Elle possède cependant une très haute cheminée, assez impressionnante. La vallée commence à s’évaser aux environs de Radece, laissant place à quelques champs. De jolis granges en bois et séchoirs à foin sont disséminés entre les villages. Comme le soleil est revenu, je bombarde le coin de clichés ! Plus loin , une usine de production de bois dénature le village de Sevnica. Il possède cependant un vieux château perché sur une colline. Je casse la graine dans un pré herbu à la sortie de Log. Les montagnes deviennent de plus en plus ratiboisées à mesure de mon avancée. De nouveau, un autre château, celui de Brestanica, domine la vallée. A partir de Krško, les montagnes disparaissent du paysage. Le coin est enlaidi par de nombreuses usines et une centrale nucléaire. Le cours d’eau est également régulé par des barrages. Je rejoins ensuite Brežice et son château féodal. Malheureusement, une aile est en rénovation, et l’autre est masquée par la végétation. Vers 17 h 30, je prends la direction de la frontière croate, à la recherche d‘un terrain pour bivouaquer. En fait, sans décalage horaire, plus je vais vers l‘Est, plus la nuit tombe rapidement ! Je campe entre deux champs de maïs, à l’écart du village de Mostek. L’odeur qui se dégage me rappelle un peu celle des filatures de lin « din ch’Nord ».

 2. Grange isolée dans la vallée de la Sava 

 

Dimanche 10 octobre : Mostec - Zagreb - Rakov Potok (65,5 km)

  1. A la frontière croate

Incroyable, il fait à peine 3° C. Autant dire que je ne suis pas pressé de quitter mon duvet ! De plus, tout est noyé dans la brume. On ne voit pas à plus de 100 mètres ! La frontière croate est à peine à quelques kilomètres. Les douaniers ont bien l’air étonné de voir un cyclocampeur venant de France. Ce sont d’ailleurs les premiers que je rencontre, car la Croatie ne fait pas encore partie de la Communauté Européenne. Je retire quelques Kunas à un guichet automatique de Zaprešic, avant de partir à la découverte de Zagreb. Les abords de la ville ne présentent guère d‘intérêt. Durant de nombreux kilomètres, ce n‘est qu’une succession de vieilles usines délabrées et de buildings datant du communisme. Je respire également les gaz d’échappements des nombreux véhicules polluants qui me dépassent. Le soleil fait enfin son apparition sous le coup de midi. Tout le centre de la capitale est bloqué. En effet ce dimanche, c’est le marathon de Zagreb. Et au final, c’est un éthiopien qui gagne la course. (comme souvent d’ailleurs !). Je roule avec précaution à cause des nombreux rails de tramways qui serpentent dans les rues. Ça me rappelle un sale souvenir ! Dans un premier temps, je déambule autour de la cathédrale et du marché aux fruits et légumes. Il est bien difficile de visiter la ville avec un vélo chargé, à cause des nombreux escaliers et des sens-interdits. Il faut alors faire un grand détour pour accéder à la partie haute. Le palais présidentiel et le parlement bordent l’église St Marc. L’édifice religieux est le symbole de la ville. Sa toiture est constituée de tuiles vernissées représentant les armoiries de Zagreb et des différentes régions de Croatie. Un peu plus loin, la Porte en pierre est devenu un lieu de culte, depuis qu’une peinture de la Vierge à l’enfant aurait survécu à un incendie au 18ème S. Je redescends ensuite vers la grande place Josipa Jelacica. Dans une rue adjacente, je suis surpris de trouver un troquet proposant de la Karmeliet (clin d’œil aux amis du snooker de Mouscron !). Pour l’heure, je préfère goûter une bière locale. Il faut reconnaitre que la ville ne m’a pas trop emballé ! Je quitte la capitale de la Croatie vers le Sud, sur une route détériorée et surchargée de voitures. Le stade de football du Dinamo de Zagreb est tout proche. Quelques kilomètres plus loin, au niveau de Rakov Potov, je m’enfonce dans un sentier pour bivouaquer dans un pré herbu. Le froid s’installe à nouveau, lorsque le soleil disparait sous l’horizon.

  2. L'église St Marc de Zagreb 

 

Lundi 11 octobre : Rakov Potok - Podmelnica (107,5 km)

  1. Vendeuse au marché de Jastrebarsko

Encore une nuit bien fraîche ! La tente est de nouveau trempée par la rosée et la condensation. Fort heureusement, le soleil est au rendez-vous. Je décampe rapidement car une longue étape m’attend. La route traverse tranquillement des petits villages campagnards. Après plusieurs kilomètres, la brume retombe sur la région. Là franchement, j’ai pas tout compris au phénomène ! A l’entrée de Jastrebarsko, un marché de fleurs et de fruits et légumes se tient en plein air. Beaucoup de personnes du coin viennent faire leurs emplettes. J’en profite pour tirer quelques clichés, avec l‘accord des vendeurs. Le soleil réapparait enfin à mon arrivée à Karlovac. La petite ville se trouve au confluent de quatre rivières. Seul le centre historique vaut le coup d’œil. Il a la forme d’une étoile à six branches. L’église de la Sainte Trinité et le monastère franciscain sont fermés, et de nombreux édifices sont en rénovation. Un peu plus loin à Turang, des chars, des canons et les restes d’un avion de chasse sont exposés autour de bâtiments en ruines, pour témoigner des combats serbo-croates durant les années 90. D’ailleurs, quelques maisons sont encore criblées d’impacts de balles sur leur façade. Cela me rappelle l’incursion en Slavonie (région orientale de la Croatie), lors du tour de la Hongrie à vélo avec José en 2001 ! La route oscille ensuite dans de belles collines boisées. Je pique-nique au village de Krnjak sur une minuscule aire aménagée. Souvent, plusieurs personnes curieuses tentent une discussion avec moi. Cependant, la langue reste le gros problème. Et c’est bien dommage ! Après quelques petites côtes, j’atteins finalement Slunj. De belles cascades se jettent dans la rivière Korana. Certaines passent carrément dans le petit village de Rastoke, situé en contrebas de la route. Vraiment splendide ! Il commence à se faire tard. Il est bien difficile de trouver un terrain plat dans ces collines envahies de végétation sauvage. Dans un sentier, une biche détale juste devant moi. Quelques dizaines de mètres plus loin, je m’installe sur une large pâture, près d’une maison abandonnée.

  2. Barque sur une rivière de Karlovac 

 

Mardi 12 octobre : Podmelnica - Lacs de Plitvice - Korenica (50,1 km)

  1. La Grande Cascade des chutes de Plitvice

Une grosse vingtaine de kilomètres me sépare du parc national des lacs de Plitvice. Je continue à grimper tout doucement à travers les collines. J’entre ainsi dans la région de Dalmatie. Le soleil dissipe rapidement la brume matinale. Pour rallier le camping le plus proche, une petite route monte jusqu’au village de Poljanak. Cependant après plus de 3 km, il n’y a toujours pas de bifurcation pour les lacs. Du coup, je redescends pour emprunter la nationale sur l‘autre rive de la rivière Korana. Tout cela m’a fait perdre un temps fou ! Je regrimpe alors jusque l’entrée principale du parc. Il est déjà 11 h ! J’abandonne mon vélo sur une palissade, et dispose mes bagages dans une sorte de gros casier mis à disposition. Le sentier pédestre descend dans la vallée. Seize lacs échelonnés sont reliés entre eux par une série de cascades. La couleur de l’eau, allant du turquoise au vert, et le feuillage automnal des arbres rendent le site vraiment spectaculaire. Je me balade dans ce splendide décor, passant des lacs inférieurs aux supérieurs. Malheureusement, les nuages finissent par masquer le soleil. C’est également le paradis des passereaux. Pinsons, mésanges, rouges-gorges, sitelles et autres ont colonisés le coin. Je discute un moment avec un canadien qui me propose une adresse pour passer la nuit. Cependant, il est peu probable que je m’y rende ! Il est 17 h, lorsque je remonte récupérer ma bicyclette. Dans un petite cabane en bois, une dame vend ses gâteaux maison, fourrés aux fruits et au pavot. Un peu comme le makoviec polonais ! Et c’est franchement délicieux ! Deux campings se trouvent à proximité. Le plus proche m’oblige à faire marche arrière. Et ça ne me plait pas beaucoup ! Le second se situe à une vingtaine de kilomètres dans la bonne direction. Malgré l’heure tardive, j’opte pour la seconde solution. Tant pis si j’arrive dans le noir ! Je continue ainsi à grimper doucement jusque 782 m d’altitude. La petite descente m’amène au camping situé juste avant le village de Korenica. La Bosnie-Herzégovine n’est qu’à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau. J’espère enfin atteindre la côte adriatique dans la soirée de demain, pour retrouver un peu de chaleur.

  2. Vue d'ensemble des chutes de Plitvice 3. Couleurs d'automne dans la parc de Plitvice

 

Mercredi 13 octobre : Korenica - Posedarje (108,8 km)

  1. Attention danger mines

Dans la nuit, le vent a séché complètement la tente. Il a malheureusement ramené les nuages gris avec lui. La route continue de monter, sans réelle difficulté. Elle traverse de vastes plateaux à la végétation rase, au pied des montagnes. Quelques bergers profitent de cet espace pour faire paître leurs moutons ou leurs chèvres. Quant aux vaches, elles dédaignent mes prises de photos. D’un seul coup, un chien surgit. A cause de l’animosité de la race canine pour les cyclistes, je pense que c’est pour ma pomme ! Pas du tout, il s’amuse à courir derrière les gros camions ! Un peu fou le cabot, mais c’est bien mieux pour mes mollets ! Je grimpe ainsi facilement jusqu’à un peu plus de 800 m. Le vent souffle de plus en plus fort. La route bascule enfin dans la descente au village de Bruvno. Au fil des kilomètres, la végétation se fait plus éparse, laissant affleurer des blocs rocheux. Il commence à tomber des gouttes de pluie, lorsque j’entre dans la petite ville de Gracac. Je profite d’une petite cahute pour m’abriter et manger un morceau. La petite ville semble sinistrée. De nombreuses habitations restent à l’abandon. Une dernière petite côte me fait remonter de plus de 150 m. Le pourcentage moyen de la pente reste cependant raisonnable. Dans la descente, c’est l’horreur ! Pourtant en général, on se laisse griser ! Le vent souffle terriblement par rafales, me déportant violemment vers le ravin. Je fais ainsi les 12 km au ralenti, les mains sur les freins. Comme par magie, le paysage est devenu complètement désertique. En bas, dans la large vallée de la rivière Zimanja, quelques panneaux indiquent que le terrain n’a pas encore été déminé. J’arrive ainsi à Posedarje, au bord du lac Novgradsko. Au rudimentaire camping, le propriétaire de forte corpulence m’indique que je peux m’installer gratuitement. D’ailleurs, je suis seul ! Je passe par l’intermédiaire de sa jolie fille pour converser en anglais. En tout cas, c’est bien sympa de sa part ! Les commodités ne sont pas géniales, mais je n’ai vraiment pas besoin de plus !

  2. Les montagnes désertiques avant Posedarje 

 

Jeudi 14 octobre : Posedarje - Sukošan (47,9 km)

  L-eglise-St-Donat-et-la-cathedrale-de-Zadar.jpg

La température de l’air est sensiblement plus élevée. Mais à mon réveil, il pleut ! C’est pourquoi je flemmarde un moment dans mon duvet. En attendant l’accalmie, je décide de classer une partie de mes photos. Le temps reste gris, mais la pluie s’est enfin calmée. Vers 11 h, je remercie Drago, le propriétaire du camping, avant de m’élancer. Posedajre possède un joli port de plaisance au bord du lac. Au centre, il y a au moins cinq Pekarna (boulangeries) à 50 m à la ronde. Les villageois doivent se nourrir qu’avec du pain ! La route traverse les collines parsemées d’arbustes et de plantes. D’ailleurs, une agréable odeur d’anis embaume l’air. Surtout lorsque les gaz d‘échappement se dissipent ! Comme souvent dans les pays de l’Est, les gens vendent leurs produits à l’étalage au bord de la chaussée. De nombreux panneaux rappellent à nouveau le danger de mines sur les bas-côtés. Zadar se profile après une bonne vingtaine de kilomètres. Je mange sur un banc à proximité de la vieille ville. Elle a beaucoup souffert des bombardements de la seconde guerre mondiale et de la guerre serbo-croate. A chaque fois, tout a été reconstruit à l’identique. Elle possède des fortifications datant de l’époque romaine et vénitienne. La tour de l’Horloge du 18ème domine la petite place Narodni. La cité renferme également de beaux édifices religieux. L’église circulaire St Donat est bâtie sur un ancien forum romain. A l’intérieur, les dalles et deux colonnes d’époque sont encore visibles. Elle est également entourée de nombreux vestiges. A proximité, la cathédrale avec sa haute tour est fermée au public. Plus loin, l’église St-Siméon renferme un splendide sarcophage recouvert d’or et d’argent. Les autres sont malheureusement en rénovation. Je peux cependant me glisser discrètement dans le cloître du monastère des franciscains. Sur le quai, l’Orgue Marin de Bašic émet des sons avec le ressac des vagues. Assez fascinant ! Juste à côté, la Salutation au Soleil est un disque de 22 m produisant un jeu de lumière. Mais comme il n’y a pas de soleil ! Je quitte ensuite Zadar en fin d’après-midi. Après quelques kilomètres le long du canal Zadarski, je trouve un petit camping privé à Sukošan. Comme hier, le jeune propriétaire ne me fait pas payer la nuitée. Peut-être à cause de mon aventure à vélo ! Et comme hier, je suis tout seul sur le terrain. Aussi, triste nouvelle, j’apprends le décès de ma grand-mère hier dans l’après-midi.

 

 

Vendredi 15 octobre : Sukošan - Razina (74,4 km)

 Arbres devant l'île de Murter 

 

Il y a un beau ciel bleu ce matin. Cependant, ma joie sera de courte durée, car les nuages arrivent avec le vent. Je redémarre le long de la côte adriatique, à travers une forêt de résineux. J’aperçois l’île de Pašman à quelques kilomètres du rivage. Mis à part son grand port de plaisance, le petit village de Biograd n’a aucun intérêt. Puis, la route passe sur une langue de terre ; la mer d’un côté, le lac de Vransko de l’autre. C’est à ce moment qu’une voiture de police m’arrête pour contrôler mes papiers. Les agents sont surtout curieux de mon aventure cycliste ! Ils ont du mal à croire que j’ai parcouru autant de kilomètres. Le paysage côtier est malheureusement souvent masqué. Fort heureusement, quelques trouées permettent d’entrevoir les îles au large. Certains villages affichent leur héros de la guerre serbo-croate. Un peu comme à l’époque communiste ! Je pique-nique à Pirovac, non loin de la presqu’île de Murter, sur un banc à côté d’un supermarché. La route vers Sibenik devient de plus en plus infernale. De nombreux véhicules me dépassent en crachant leurs gaz d’échappement polluants. Franchement désagréable ! Le fait de rouler dans cet air vicié durant des heures me donne mal à la tête. Au bord de la chaussée, quelques personnes cueillent les olives. Le pont qui enjambe la large rivière KrKa offre une vue lointaine sur Sibenik et sa citadelle. Aussi, la petite ville est truffée d’escaliers. Je cadenasse alors mon vélo et poursuis à pied. J’espère seulement ne pas avoir une mauvaise surprise à mon retour ! La cathédrale St Jacques est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Une longue frise avec des têtes sculptées parcoure les murs extérieurs. Elle possède également une superbe porte avec deux lions supportant les colonnes d’Adam et Eve. A l’intérieur, le minuscule baptistère est splendide. Le bel hôtel de ville de style renaissance fait face à l’édifice religieux. Je me balade ensuite au hasard dans les ruelles sombres et tortueuses de la vieille ville. Après une bonne heure, je retrouve mon vélo sain et sauf ! Quelques kilomètres plus loin à Ražina, je déniche un petit camping privé. Le gars rouvre spécialement pour moi, car la saison est terminée. Par contre, il va falloir que je paye la nuitée.

 

 

Samedi 16 octobre : Ražina - Split (84 km)

 

  1. L'hôtel de ville et la tour de l'Horloge sur la place d

Il est tombé des cordes cette nuit. Le temps est gris, mais la pluie a cessé. Je décampe rapidement pour tenter de rallier Split avant ce soir. La route dévoile de superbes points de vues sur le rivage et les îlots au large. L’eau est d’une clarté incroyable ! Par endroits, elle change de teinte, passant du bleu au vert émeraude. Je m’arrête ainsi fréquemment pour tirer des photos. Et forcément, je n’avance pas beaucoup ! Par contre, les incendies récents ont ravagé les forêts sur les collines alentour. Tout est calciné ! Je bifurque un moment vers le petit village de Primošten, posé sur une presqu’île. Le clocher de l’église domine les étroites ruelles de la bourgade médiévale. Les belles pierres plates des toitures font place désormais aux tuiles rouges. Dommage ! Après une courte balade, je reprends mon itinéraire. La route traverse les collines un peu plus dans les terres. Je retrouve le rivage quelques kilomètres avant Trogir. Dans une boulangerie, la vendeuse m’offre le pain, en me voyant sortir un gros billet. Sympa ! Puis, je pique-nique sur un banc au bord de la rivière Fosa. La petite ville possède une splendide cathédrale. Elle renferme notamment un superbe baptistère, une chapelle abondamment décorée et une salle au trésor. Le clou du bâtiment reste cependant la porte latérale à l‘extérieur. Comme à Sibenik, deux lions .vénitiens supportent les statues d’Adam et Eve posées sur des colonnes. Je monte également au sommet du clocher pour jouir de la vue sur la place. Split est visible au loin. L’hôtel de ville du 15ème et le joli palais Cipiko sont disposés autour de l’édifice religieux. Je me rends ensuite à la forteresse en longeant les quais. Je termine la promenade dans les petites ruelles, le vélo à la main. La côte aux alentours de Kaštela est truffée de châteaux du 15ème et 16ème . Je découvre entre autres celui de Lukšic, de Gomilica et de Sucurac. Il fait presque noir lorsque je pénètre dans Split. Le stade du Hadjuk est illuminé pour un match du championnat de football croate. Un cycliste m’aborde et me questionne sur mon périple. Il finit par m’inviter chez lui pour passer la nuit. Il habite au rez-de-chaussée d’un building, dans un quartier pas trop rassurant. Je le suis encore moins lorsqu’il m’apprend que le vélo doit rester à l’extérieur. Marjan est slovène. Il est marié avec un enfant. C’est un très grand adepte de Krishna. D’ailleurs, toutes les discussions reviennent sur la déesse hindoue. Son petit appartement recèle de nombreux objets à son effigie. Il me prépare une pizza végétarienne avec du thé. Car mon homme ne mange ni viande, ne boit ni alcool ni café ! Il me présente ensuite sa femme qui rentre du boulot. Bref, un accueil assez loufoque, mais bien aimable !

  2. Soleil couchant sur le port de Stari Kastela 

 

Dimanche 17 octobre : Split - Stari Grad (île de Hrvar) (16,4 km)

  1. Marjan et moi à Split 

Je me lève vers 8 h, plus tard qu’à l’accoutumée. Marjan commence à préparer le déjeuner. Il est vraiment fanatique de Krishna. C’est incroyable, il respecte tout un rituel avec des chants et des incantations ! Il m’offre même un collier et un bouquin sur le yoga. Je refuse d’autres cadeaux prétextant le manque de place dans mes sacoches. Tant est si bien que l’heure tourne, et je n‘ai toujours rien mangé ! Mais surtout, je commence à perdre patience ! Une soirée et une matinée sur les bienfaits de la philosophie de Krishna, ça commence à faire beaucoup ! Le déjeuner à base de fruits, de pop-corn et de riz au lait est enfin servi. Du coup, il est déjà midi lorsque je quitte mon hôte. Il faut reconnaitre qu’il m’a reçu avec beaucoup de gentillesse. Je rejoins directement l’embarcadère des ferries, pour me renseigner sur les horaires pour l’île de Hvar. Un bateau de la compagnie Jadrolinija part vers 14 h 30. Cela risque d’être bien difficile de visiter Split en moins de 2 heures ! Krishna m’aura fait perdre un peu trop de temps ! Le palais de Dioclétien est un centre romain en plein cœur de la ville. C’est un vrai labyrinthe de ruelles étroites, entourées de fortifications. Il renferme notamment quelques palais transformés en musée, les ruines des thermes romains, la cour d’honneur de l’empereur et la cathédrale St Domnius. Les escaliers m’empêchent encore de circuler librement dans la cité. Et ça devient pénible ! Les commerces sont presque tous fermés ce dimanche. Le coin serait tranquille sans la horde de touristes en voyage organisée. A une demi-heure près, j’aurais pu attraper le bateau prévu. Il me faut attendre le prochain qui part à 20 h30. Soit plus de 5 heures à poireauter dans la ville ! Je m’attable alors à une terrasse de café avec une bonne bière, pour continuer de classer mes photos. La nuit tombée, j’embarque dans le ferry pour l’île de Hvar. Pendant la traversée, un terrible orage éclate. Les éclairs jaillissent de partout. Vraiment impressionnant ! Après 2 heures de traversée, j’arrive à destination sous le déluge. J’attends une légère accalmie avant de rejoindre le camping de Stari Grad à quelques kilomètres. Malheureusement, il est fermé depuis la mi-septembre. A cause de l’heure tardive et de la météo exécrable, je m’installe quand même. L’eau et l’électricité sont coupées, mais cela fera l’affaire ! L’orage rapplique de nouveau, il tombe des cordes !

  2. La statue de Grégoire de Nin à Split 

 

Lundi 18 octobre : Stari Grad - Hvar - Stari Grad (41,7 km)

  1. Le village de Stari Grad

Les cloches des églises alentour me sortent de mon sommeil. Je pense m’être rendormi ! Pas du tout, il est 6 h du matin ! Incroyable, c’est l’heure de la messe ! Aujourd’hui, le soleil montre le bout de son nez. Stari Grad est une ville bien paisible qui me plait beaucoup. Peu de touristes s’aventurent jusque ici. Du moins à cette période de l’année ! Les maisons en pierres bordent les ruelles sinueuses, pavées de marbre. Je pénètre ensuite dans la cour intérieure du monastère fortifié des dominicains. L’église est par contre fermée. Près du petit port, je sympathise avec deux gars qui viennent de Paris. Laurent et Pablo ont déjà bien bourlingué. Nous buvons un verre ensemble à la terrasse d’un bistrot. Ils finissent même par m‘inviter pour dîner dans un petit snack. Mon aventure cycliste favorise grandement les bonnes rencontres. Il est presque 15 h lorsque nous nous séparons. Plutôt que de traverser l’île sur sa longueur, je décide de rejoindre Hvar, afin d’attraper le bateau pour l’île de Korcula. La route grimpe facilement jusqu’à un tunnel. Je dévale ensuite à grande vitesse vers la côte Sud. Une forteresse domine la petite ville depuis une colline. Plusieurs palais, un arsenal et une cathédrale sont édifiés autour d’une grande place. Je déambule un moment dans les ruelles autour du port de plaisance. Poliment, je demande pour embarquer mon vélo sur le catamaran. Le gars dédaigne me regarder, et m’annonce que c’est impossible. J’ai du mal à comprendre ! Il ya pourtant de la place à l’arrière. Même en expliquant mon aventure cycliste, rien y fait ! J’ai l’impression qu’il ne m’écoute même pas. Je commence sérieusement à en avoir marre du comportement des croates. « Attention, c’est mon coup de gueule ! » Les gens sont froids et peu aimables. La seule chose qui les intéresse, c’est le porte-monnaie des touristes. Le reste, ils s’en foutent ! Furieux, je reprends la route en sens inverse vers Stari Grad, alors que la nuit tombe. Je retrouve ainsi ma place de la nuit précédente au terrain de camping. Ce sont des kilomètres qui ne me font pas avancer beaucoup sur mon itinéraire ! Le vent vient de se lever. Il souffle de violentes rafales.

  2. La ville et la forteresse de Hvar 

 

Mardi 19 octobre : Stari Grad - Zaostrog (70,5 km)

 

  1. L'île de Korcula et la presqu'île de Peljesac sous un

Aujourd’hui, j’ai une pensée pour ma grand-mère car c’est le jour de son enterrement. Le vent a soufflé terriblement cette nuit. Et c’est pas fini ! A tel point que j’ai eu peur qu’une branche d’arbre ne vienne s’abattre sur la tente. Comme hier, les cloches me réveillent à 6 h. Je prends la route en direction de l’Est sur l’île de Hvar. J’arrive facilement à Jelsa, blotti dans une petite crique. J’erre un moment autour du port et dans les vieilles ruelles. A la sortie du village, je grimpe aisément les 300 mètres de dénivelé. Le pourcentage des pentes n’est pas très élevé ! Comme par magie, le vent s’est arrêté d’un coup ! Par contre, une pluie fine s’est mise à tomber. La route oscille ensuite dans la montagne jusque Bogomolje. L’île de Korcula et la presqu’île de Peljesac sont presque à portée de main. Tout à coup, une dame m’interpelle pour m’indiquer que ce n’est pas la route pour Sucuraj. Je lui explique que je cherche un endroit pour manger. Du coup, elle m’invite chez elle pour dîner. Veronika me propose du bouillon en entrée, puis des calamars frais avec des pommes de terre. Tout cela avec un bon verre de vin du pays ! Son fils et un de ses amis m’apprennent qu’ils sont pêcheurs. Ils sont également admiratifs de mon aventure cycliste. Lorsqu’ils nous quittent, je suis un peu gêné de manger seul sous le regard rude de Veronika. Je tente alors d’engager une conversation franco-anglo-croate assez originale. Elle cultive fruits et légumes sur un lopin de terre à proximité de sa maison. Elle m’apprend également qu’auparavant le français était enseigné à l’école. C’est dingue de voir comment la langue française s’est fait supplanter par l’anglais dans de nombreux pays ! Après l’avoir remerciée, je poursuis mon chemin en direction de Sucuraj. La pluie a enfin cessé. Les montagnes sont parsemées de nombreux arbousiers et oliviers. Désormais, la route descend longuement jusqu’au petit port d’embarquement. Une bonne heure plus tard, le bateau appareille pour Drvenik sur le continent. La traversée ne dure qu’une grosse demi-heure. Après quelques kilomètres de pédalage, j’atteins Zaostrog. Depuis Split, le blason du club de football du Hadjuk est peint sur tous les murs. Les supporters sont vraiment fanatiques ! Les deux campings du village sont fermés à cette saison. Je cherche à m’installer quand même. La propriétaire du premier me jette littéralement. Tandis que la vieille dame du second accepte ma demande. Elle me propose même un bungalow pour le prix d’un emplacement de tente. La côte d’accueil des croates a bien remonté aujourd’hui !

  2. Moi sur l'île de Hvar 

 

Mercredi 20 octobre : Zaostrog - Prapratno (87 km)

  1. Temps menaçant sur la presqu'île de Peljesac

Je poursuis mon chemin en direction de Ploce, afin d‘attraper le bateau pour la presqu’île de Pelješac. Le temps est mitigé. Dès les premiers kilomètres, une pluie fine se met à tomber. Les traversées pour Trpanj sont très limitées en basse saison. Il me faut alors poireauter pendant plus de 3 heures. Décidemment, je n’ai pas de chance avec les ferries ! Du coup, je change mes plans pour ne pas perdre trop de temps. Malgré une circulation plus importante, je préfère poursuivre sur la route continentale qui longe la côte. Elle borde la large plaine maraîchère Jadranska, cultivée principalement d’agrumes. D’ailleurs, de nombreuses personnes vendent clémentines et oranges à côté de la chaussée. La route grimpe ensuite doucement, offrant de belles vues sur la plaine irriguée. D’autant plus que le soleil a dissipé les nuages ! Je mange un morceau sur un banc au sommet de la colline. La route plonge ensuite vers Neum en Bosnie-Herzégovine. A la frontière, la jolie douanière semble amusée de mon passage avec mon vélo chargé. Le pays possède un bien petit accès sur la mer Adriatique. C’est un couloir d’à peine une petite dizaine de kilomètres. Le découpage du territoire balkanique est quand même bien étrange ! Mon séjour en Bosnie est par conséquent de courte durée. A la frontière croate, je surprend le douanier jouant sur son ordinateur. L’avantage du vélo, c’est que cela ne fait pas beaucoup de bruit ! Le canal qui me sépare de la presqu’île de Pelješac se rétrécit au fil des kilomètres. Il est parsemé de centaines de flotteurs servant à l‘ostréiculture. Je bifurque en direction de Mali Ston et Ston, à la base de la presqu’île. Les deux villages sont reliés par des remparts médiévaux serpentant dans la montagne. Cependant, je ne traîne pas car la nuit tombe. De toute façon, je reprends le même chemin demain en sens inverse. En effet, je compte faire un petit aller/retour sur l’île de Mljet. Un peu plus loin, le camping de Prapratno est fermé. Tant pis, je m’y installe ! Demain, le bateau part à 7 h du matin. Il va falloir se coucher tôt !

  2. Ostréiculture dans le canal Malostonski 

 

Jeudi 21 octobre : Prapatno - île de Mjlet - Prapratno (83,9 km)

 1. Bateau de pêche au lever de soleil

La nuit a été perturbée par les cris des animaux qui ont rôdé autour de la tente. Il y a même une bête qui est entrée dans le auvent. Il s’agit peut-être d’un chat ! Je me lève vers 5 h 30, afin d’attraper le ferry pour l’île de Mjlet. Forcément à cette heure, il fait noir ! Pendant la traversée, j’assiste au lever du soleil depuis le pont. La mer et les montagnes alentour prennent une teinte rougeâtre, qui s’éclaircit au fil des minutes. Le débarcadère de Sobra est un peu à l’écart du village. La route grimpe directement dans les montagnes boisées. Je déjeune au village de Babino Polje, au bord de la chaussée. Puis, cela ne fait que monter et descendre sur une bonne trentaine de kilomètres, à une altitude moyenne de 200 mètres. Le soleil brille sans aucun nuage à l’horizon. La température de l’air flirte même avec les 22 °C. En plein mois d’octobre, c’est quand même super agréable ! Polace est la porte d’entrée du parc national de Mjlet. L’accès est une nouvelle fois payant. Je pénètre dans le site protégé sans billet. On verra bien ! Aussi, le village possède encore quelques ruines datant de l’époque romaine. Après une petite côte, j’atteins les jolis lacs de Malo Jezero et Veliko Jezero. L’eau claire passe du bleu au vert émeraude selon les zones. Un sentier, tantôt bitumé, tantôt caillouteux, borde les rives. Il n’est cependant pas possible de faire le tour à cause du canal d’accès à la mer. Un monastère bénédictin du 12ème de dresse sur un îlot au beau milieu de l’étendue d’eau. Le coin est vraiment paradisiaque. De nombreux animaux vivent dans les forêts de l’île. J’aperçois notamment un furet, et manque de rouler sur un serpent de couleur grisâtre. Après le pique-nique, je prends le chemin du retour par la même route. C’est bête, mais je n’ai pas le choix ! Les pentes dans ce sens sont beaucoup plus fortes. Elles varient entre 8 et 10 %. En cette fin d’après-midi, cela me casse un peu les jambes ! Je retrouve l’embarcadère de Sobra avec 2 heures d’avance sur le prochain départ. Du coup, je patiente dans un troquet en sirotant une bière du pays. Vers 19 h, j’embarque pour Prapratno. Après une grosse demi-heure, je remonte la tente dans l’obscurité au même endroit que la veille.

  2. Le lac Velo Jezero sur l'île de Mjlet 

 

Vendredi 22 octobre : Prapratno - Dubrovnik (69 km)

 1. La muraille médiévale de Ston

Au petit matin, je rejoins le village de Ston. Une muraille médiévale d’une longueur de plus de 5 km serpente dans la montagne jusque Mali Ston. C’est la plus longue d’Europe. Dans le parc entouré d‘arbres, les habitants étendent leur linge pour le faire sécher. C’est assez insolite ! Je retrouve ensuite la nationale en direction de Dubrovnik. La circulation est forcément plus importante. La côte dalmate est vraiment splendide sous ce beau soleil. Les îles au large baignent dans une eau bleu écarlate. Au village de Trsteno, deux gigantesques platanes de plus de 400 ans se dressent au bord de la route. Après plusieurs kilomètres, la nationale s’élève en surplombant le port du Dubrovnik moderne. Je plonge ensuite vers la vieille ville. Je pique-nique sur les marches d’un escalier en retrait de la chaussée, juste à côté d’une école. La ville entourée de remparts est vraiment superbe. Par contre, il y a un monde fou ! Je déambule au hasard des rues à la recherche de beaux clichés. La vieille ville est beaucoup plus petite que je me l’imaginais. L’heure tournant, je prends la direction du camping dans le quartier Solitudo, situé sur une petite presqu‘île. Après plusieurs jours, je peux enfin profiter d’une douche bien chaude. Je discute avec un canadien d’Ontario qui voyage également à vélo. Il tente de joindre Istanbul par l’Albanie et la Grèce. D’ailleurs c’est une solution à laquelle j’avais pensée, au cas où le froid s’installe dans les montagnes balkaniques. Demain, c’est ma journée de repos. J’ai tout mon temps pour y réfléchir et visiter Dubrovnik. 2. La côte dalmate à proximité de Dubrovnik 

Publié dans : Europe
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